Eels-EndTimes

Moins d’un an après un ‘Hombre Lobo’ loin d’être inoubliable, le groupe américain Eels a déjà un disque de prévu pour janvier 2010, intitulé ‘End Times’. Sans doute aurait-il mérité que la bande passe davantage de temps à le construire et le peaufiner, puisque à l’exception d’une poignée de mélodies enjouées bien défendues par la voix enrouée de Everett, leurs berceuses folk ne font plus rêver grand monde.

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Même avec de la mauvaise foi, ce serait cruel d’oublier le statut musical des américains, tout comme ce ne serait pas juste de ne pas reconnaître en leur leader un certain charisme et un certain talent. Maintenant, la recette de Everett et ses musiciens commence à avoir fait son temps, et leurs compositions rouillent à petit feu dans nos oreilles. Si par l’intitulé ‘End Times’ la troupe voulait signifier noir sur blanc leur volonté de faire un break, elle rendrait peut-être les armes sans honneur, mais ne prendrait au moins pas le risque de repartir en studio pour écrire des morceaux à s’arracher les cheveux. Bien que fortement improbable, une petite pause serait un signe de sagesse pour un groupe qui n’offre pratiquement plus que des randonnées folk bâclées et qui ne parviennent à échapper au ridicule que par le ton grésillant de Everett. Alors pour dissimuler les faiblesses évidentes du disque et un manque d’ambition dramatique, quelques coups d’éclats tentent de faire vainement illusion. Leur spontanéité paye le temps de quelques dérapages blues-rock secs et orageux (« Gone Man », « Paradise Blues », « Unhinged ») et le temps de délivrer une poignée d’accords acoustiques au milieu des marguerites, pour l’unique ballade pop-folk légère et agréablement mélancolique de l’opus (« Mansions Of Los Feliz »). Quatre chansons de bonne qualité pour en éclipser dix sans réel intérêt, c’est statistiquement trop peu pour espérer souhaiter une bonne année aux amateurs de musique lors de la sortie de ‘End Times’ le 18 janvier 2010.

La simplicité n’a jamais été un critère discriminatoire à partir du moment où elle ne s’associe pas directement au minimum syndical, au manque de travail et au manque d’inspiration. Or, la musique de Eels souffre de ces insuffisances, par un excès, justement, de suffisance. A force de se reposer de manière flagrante sur le timbre de voix de Everett pour sauver ce qui peut encore l’être, la saveur de leur folk finit par disparaître au profit de chansons mélancolico-romantiques où les bons sentiments dégoulinent. A tel point que la voix si particulière de leur leader commence à sérieusement ne plus faire son effet. Si les chemins tortueux et nocturnes du folk réservent encore un un peu d’émotion (« I Need A Mother », « The Beginning »), les ballades linéaires et stéréotypées s’écroulent sous des compositions trop minimalistes, où l’électricité se fait bien trop discret (« In My Younger Days », « End Times ») quand de son côté le piano semble s’immiscer dans les mélodies par défaut, ans réelle conviction (« A Line In The Dirt »). Leur musique ne répond plus qu’à des schémas vus et revus, où la seule occupation du groupe consiste à laisser dégouliner les bons sentiments sur la voix exagérément triste de Everett, finissant lui-même par s’auto-caricaturer (« Little Bird », « On My Feet », « Nowadays »). Et comme si il était nécessaire d’en rajouter après une démonstration si peu glorieuse, deux interludes sensés s’intégrer au reste du disque occupent inutilement l’espace (« Apple Trees », « High And Lonesome »). Comme s’il y avait besoin de préciser poussivement que leur disque résulte avant tout d’un concept ou d’une quelconque histoire.

Peut-être que les quatorze nouvelles chansons des américains suffiront encore à leurs fans les plus fidèles et aux personnes régulièrement frappées par la dépression. Pour tous les autres, ‘End Times’ ne promet pas aux Eels de figurer dans les bonnes résolutions musicales d’auditeurs un minimum exigeants. Et il serait peut-être temps pour Everett de se remettre un peu en question et de ne pas faire preuve d’une éventuelle auto-satisfaction, car Eels vient de prouver avec leur huitième album solo que le talent ne fait pas tout, loin de là.

Sortie: 19/01/2010

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par Thibault F.