Prévu pour la fin du mois, le nouvel album du trio texan intitulé ‘The Golden Archipelago’ possède la lourde tâche de succéder à la magie et l’intensité de ‘Rook’. Toujours menés par le timbre cristallin de Jonathan Meiburg, les Shearwater ont par malheur perdu la clé déverrouillant l’entrée vers leur folk-rock épique et légendaire.

Il devient presque délicat d’évoquer un éventuel échec tant Shearwater possède le profil d’un groupe de talent, bien rôdé, capable de surprendre un peu plus à chaque album. Quelque chose a pourtant bel et bien disparu sur celui-ci, d’opus. A l’inverse de son prédécesseur, ‘The Golden Archipelago’ se présente sous une silhouette étonnamment linéaire. L’alternance de puissance et de style entre les chansons existe toujours, mais ne provoquent plus les frissons inattendus du passé. Quand aux compositions, toujours d’immenses fourmilières gorgées de sonorités oniriques, un voile de banalité et de monotonie semble les recouvrir. Les titres se succèdent dans l’indifférence générale, éclipsant les visions fantastiques et irréelles qu’offraient la bande américaine. Leur personnalité s’est largement estompée, et le virage artistique entrepris par Shearwater est d’autant plus violent que l’originalité demeurait leur meilleur argument. En présentant leur sixième album studio comme un album conceptuel, le groupe a peut-être été dépassé par ses propres ambitions, comme si le souhait de traduire à la perfection leur thème à travers leurs compositions avait cadenassé leur créativité.

La pureté sonore des arrangements et le chant angélique de Meiburg font illusion un certain temps (« Meridian », « Black Eyes »), mais les mélodies perdent très vite de leur grandeur mythologique. ‘The Golden Archipelago’ se transforme avec regrets en une bande originale de fond particulièrement mesurée et insipide, incapable de tirer la  moindre émotion de décors calmes et somptueux (« Hidden Lakes », « God Made Me », « An Insular Life », « Missing Islands ») et d’exprimer la tension des cataclysmes (« Corridors », « Landscape At Speed »). Le soin apporté aux chansons est si méticuleux, les rythmiques si mathématiques, si définies, que l’album devient un recueil aseptisé et insensible. Un constat qui devient flagrant quand quelques rares virées euphoniques libèrent enfin les inspirations majestueuses et imprévisibles du groupe (« Runners Of The Sun », « Uniforms », « Castaways »).

Si ‘Rook’ trotte encore aujourd’hui dans vos esprits, l’apparence timorée de leurs nouvelles chansons entraîne une déception légitime. L’esprit fantasque de leur musique, s’il n’a pas totalement disparu, est devenu un élément presque anodin. Leurs périples chimériques ont  définitivement laissé place à un carnet de voyage tenu avec rigueur. Et tant pis pour ceux qui voulaient rêver encore un peu.

Sortie: 23/02/2010

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par Thibault F.