Massive Attack, toujours habillé de sa robe musicale noire et affriolante, propose avec leur septième album studio ‘Heligoland’ un voyage obscur à travers dix chansons déséquilibrées par l’arrivée canon de la pop.

Il suffit de s’enquiller une seule et unique fois les dix morceaux de ‘Heligoland’ pour déceler un grave symptôme d’hétérogénéité. La dimension pop de ce nouvel opus surclasse tellement ses facettes électroniques et expérimentales qu’il semble totalement inutile de s’intéresser à l’objet dans son intégralité. Un semi-gâchis tant les efforts inouïs du duo pour construire ce disque méritaient meilleure récompense. En mettant en place un univers sonore proprement hallucinant – un cocktail chaotique, poisseux, de sonorités industrielles et de sensualité humaine – et en confiant leurs featurings à des têtes de série,  Robert Del Jana et Grant Marschall semblaient avoir  mis toutes les chances de leur côté pour descendre la piste du chef d’œuvre sans chuter. Les deux hommes courent après l’homogénéité, mais accouchent pourtant d’un disque inégal, sans cesse en train de faire l’ascenseur entre le sensationnel et la morosité.

L’atmosphère unique partagée par l’ensemble des compositions aurait dû servir de fil rouge, mais il suffit de quelques pistes à l’efficacité démesurée pour empêcher un disque d’exister, d’émerger complètement de la brume. Sans occulter les subtilités sonores de chaque mélodie,  les dérives psyché-pop présentes sur ‘Heligoland’ permettent à Massive Attack de s’ouvrir à un nouveau public, de simplifier la lecture de leur album à des néophytes. Éparpillés un peu partout au sein de la tracklist, les tubes ultra-addictifs se démarquent presque trop facilement du reste. En usant et abusant d’un groove ronronnant imparable (« Spitting The Atom » feat Horace Andy, « Girl I Love You » feat Horace Andy), en jouant sur des dynamiques rêveuses et hypnotiques particulièrement aguicheuses (« Paradise Circus » feat Hope Sandoval, « Saturday Come Slow » feat Damon Albarn, « Psyche » feat Martina Topley Bird), le groupe s’approche de la perfection rêvée en produisant des compositions complexes sur le fond et irrésistibles sur la forme. De ce constat, les chansons qui différent de ce modèle établi si convaincant peinent à susciter de l’intérêt, parfois pour une durée à rallonge irritante (« Pray For Rain » feat Tunde Adebimpe, « Atlas Air »), pour des harmonies vocales manquant de conviction (« Rush Minute ») ou pour des instrumentaux trop torturés (« Babel » feat Martina Topley Bird, « Flat Of The Blade » feat Guy Carvey).

C’est amusant et surtout paradoxal d’observer un retour en grande forme d’un groupe à travers un disque inégal. Malheureusement pour Massive Attack, sur les deux facettes de ‘Heligoland’, dessinées l’une et l’autre avec une extrême finesse, le visage pop est bien le seul à être scruté avec attention.

Sortie: 08/02/2010

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http://www.vimeo.com/9175212

par Thibault F.