Deux ans après ‘Falling Off The Lavender Bridge’, Devonte Hynes ressort son costume de Lightspeed Champion pour un deuxième opus aux allures de chef d’œuvre – une fusion de country-folk et de rock made in Arctic Monkeys à la fois poussiéreuse et fantasmagorique.

Drôle de trublion tout de même que cet anglais. L’alchimie des genres musicaux et des époques, renouvelée sur ce ‘Life Is Sweet! Nice To Meet You’, est un art que Devonte Hynes pratique de manière aussi unique que prodigieuse. Il ne se contente pas d’être un shaker à influences ou un simple vecteur d’expérimentations en vogue. Quand beaucoup d’artistes gardent un statut de recycleur, lui a su devenir créateur et s’est constitué un univers aux formes et couleurs inédites. Les quinze chansons de son nouvel album lui permettent d’agrandir et d’affiner le décor. Ses amours artistiques, depuis les Kinks jusqu’à aujourd’hui, son esprit exalté, son timbre de voix déchiré entre Alex Turner et Jamie T, se retrouvent sur une œuvre d’art indéfinissable. Les compositions du bonhomme s’imbibent de courants musicaux portant désormais tous une seule et même étiquette, celle de l’addiction. A l’image des albums conceptuels, trois interludes viennent ralentir le rythme  judicieusement, avec des sonorités originales et déconcertantes: piano baroque pour l’une (« Etude Op. 3 « Goodnight Michalek »), reggae indus (« Intermission2″) et bricolages électro-minimalistes pour les autres (« Intermission »).

Et entre chacune d’elles, des montagnes de tubes se sont construites sur des formes irrégulières et saisissantes. Entouré d’amis musiciens, l’anglais délivre via ses mélodies un voyage surréaliste à travers  l’étendue de sa culture musicale. Les ukulélés invitent les pop-songs tortueuses et ses chœurs d’ombre à se pavaner sur des plages exotiques (« There Is Nothing Underwater »). Les contines pour enfants ont échangé le romantisme et les princes charmants pour l’odeur angoissante du suicide et ses corbeaux noirs (« Dead Head Blues », « Middle Of The Dark », « Romart »). Le déluge de sons, d’ambiances et de rythmes différents provoque chez l’auditeur une désorientation jouissive. La brit-pop des années 2000 rencontre le rock’n'roll des sixties, ses riffs surchauffés, dans un climat d’excitation générale (« Faculty Of Fears », « Marlene », « Madame Van Damme »), tandis qu’à l’horizon, les silhouettes d’un cowboy et de sa monture déboulent dans un soleil de feu (« Sweetheart »). L’aisance de Devonte Hynes dans cette immense jonglerie sonore s’étend à perte de vue – depuis des thèmes à la Tim Burton arrosés de chœurs alcoolisés (« The Big Guns Of Highsmith »), jusqu’aux ballades pop-folk de cabaret (« Smooth Day (At The Library) »), en passant par les envolées de cordes has-been des années 70 (« I Don’t Want To Wake Up Alone »). Puis c’est un air glacial et mélancolique qui finit par mettre un terme à cinquante minutes de sensations folles (« A Bridge And A Goodbye »).

Devonte Hynes demeurait déjà roi des cocktails sur le premier album de Lightspeed Champion. Son deuxième essai confirme ses traits de génie au creux de compositions d’une qualité hallucinante, qui relancent les unes après les autres le taux d’adrénaline. Retenez simplement que ‘Life Is Sweet! Nice To Meet You’ est un trésor indispensable, et que la ruée vers l’or est prévue ce 15 février.

Sortie: 15/02/2010

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par Thibault F.