Nouvel album posthume pour la plus grande icône de la musique américaine aux côtés de Bob Dylan. Le sixième volume des American Recordings – produit par Rick Rubin et finalisé un an seulement avant le décès de Johnny Cash – recueille le souffle artistique d’un Man In Black toujours un peu plus sombre en approchant la mort.

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Même épuisé par sa maladie, même si ses derniers enregistrements ne comportent quasiment que de covers et de grands classiques, Johnny Cash n’en reste pas moins un symbole unique, une inépuisable source d’intérêt. Son grain de voix incomparablement puissant et grave, son histoire et son influence sur la musique moderne n’ont pas fini de marquer l’esprit des gens. Personne ne sait vraiment combien de temps encore se déclineront ces fameux ces célèbres American Recordings. Si Johnny Cash lui même avoue que ses collaborations avec Rick Rubin lui ont permis de combattre indirectement sa maladie et la souffrance relative au décès de sa femme, c’était avant tout une renaissance artistique inespérée pour quelqu’un qui connaissait une bien triste fin de carrière. Volume après volume, l’homme en noir a enregistré des reprises mémorables, dépassant les versions originales en érigeant à leur place des montagnes d’émotion, abandonnant sa voix olympienne à quelques accords sombres et mélodies intenses. Une recette qui fonctionnait encore il y a quatre ans lorsque sortait ‘A Hundred Highways’, mais qui commence sérieusement à perdre de la saveur.

Abstraction faite du charisme vocal tout-à-fait hors norme de Johnny Cash, lui conférant la capacité de transformer n’importe quel mauvais titre en agréable comptine folk, son – éventuel – ultime opus laisse une impression mitigée. La découverte de ses nouvelles interprétations s’accompagne d’une curiosité et d’une joie infinie, quasi-incontrôlable, mais d’un titre à l’autre, la déception a écarté les palpitations. Au rayon des – immenses – satisfactions, une étincelle groovy dans la gorge (« I Don’t Hurt Anymore »), une fantastique marche funèbre (« Ain’t No Grave ») venue relayer le terrible « God’s Gonna Cut You Down » du précédent opus, une ballade folk basculant de l’innocence à l’apocalypse (« Redemption Day »), une chansonnette humide au parfum tropical (« Aloha Oe ») et une randonnée acoustique éclairée par une lueur d’optimisme (« For The Good Times »). Cinq pistes majeures d’un disque un bon ton en dessous des volets parus avant lui. Son timbre impressionnant ne résout qu’en partie la platitude de mélodies épurées à l’extrême (« I Corinthians 15:55″, « Satisfied Mind », « Cool Water », « Last Night I Had The Strangest Dream »), et ne glorifie que par instants les tentatives folk plus entraînantes (« Can’t Help But Wonder Where I’m Bound »).

Le contexte qui entoure ses enregistrements – celui-ci encore plus que les autres – décuple l’extraordinaire émotion délivrée par la voix de Johnny Cash, mais n’éclipse pas la déception engendrée par le sixième volet des American Recordings, bien plus hétérogène que ses prédécesseurs. Déception également décuplée lorsque l’on sait qu’il vient peut-être conclure la carrière d’une légende adulée en Amérique, et irremplaçable.

Sortie: 26/02/2010

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par Thibault F.