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Thibault: Comment vous-êtes vous décidés à jouer de la musique ensemble ?

Julia Stone: C’est une chose amusante … Je veux dire, nous n’avons jamais vraiment décidé de jouer de la musique ensemble … il n’y a jamais eu de conversation posée où nous avons dit: « Hé, jouons de la musique ensemble ! ». C’est simplement arrivé comme ça lorsque nous vivions dans la même maison une fois que nos études se sont terminées … Notre père avait rencontré une dame, déménagé avec elle, et la villa était vide. Angus et moi-même étions là, passant quasiment toutes nos journées à écrire des chansons et aller à la plage. Nous n’avions pas à payer de loyer et nous vivions tous les deux avec de petits moyens … J’enseignais de la trompette de temps en temps et Angus travaillait quelques fois pendant la semaine … ça payait la nourriture et le vin. Nous nous écoutions mutuellement en train d’écrire des chansons et est arrivé un moment où nous avons commencé à les chanter l’un pour l’autre. Quand je souhaitais finir une chanson, je partais dans la chambre d’Angus et lui disait: « Hé, c’est une nouvelle chanson que j’ai écrit ». Puis nous commencions « à chanter des harmonies » sur la chanson. Finalement, on a commencé à faire des soirées karaoké ensemble et avons gardé cette habitude de jouer ensemble. Et nous avons fait quelques concerts et gagné une compétition pour aller jouer à un festival local. Nous avions monté ensemble un groupe avec quelques amis qui jouaient de la batterie et de la basse …puis notre tantine s’est mise à nous « manager ». On a eu la possibilité d’aller à Londres et nous avons tous bougé là bas. On a juste continué notre chemin sans se poser de questions … et je pense que c’est ce que nous faisons encore … juste contempler ce qui se passe et accepter ce qui se passe.

Thibault: En tant que frère et sœur, est ce que le lien de sang qui vous unit a une influence sur votre écriture ?

Julia Stone: Hum … Je ne sais pas … Je ne crois pas. Je dirais que l’écriture est très indépendante de notre relation frère-sœur. Nous écrivons tous les deux de notre côté. Et nous avons toujours été très différents lorsqu’ il nous arrivait de passer seul du temps à écrire des chansons. En tant qu’artistes, je pense que nos idées et nos chansons nous influence tous deux, mais je ne sais pas comment le notion de frère-sœur rentre là-dedans. Peut-être lorsqu’il s’agit d’explorer les éléments musicaux de la musique … je parle du moment où une fois la chanson écrite, la connexion entre nous devient très forte quand nous trouvons les bonnes harmonies et des trucs comme ça. Mais encore une fois, je ne sais pas si c’est lié au fait que nous soyons de la même famille ou si c’est simplement parce que nous jouons tout le temps ensemble. C’est difficile de répondre à cette question … parce que je n’en sais vraiment rien !

Thibault: Outre le lien familial qui vous relie, est-ce qu’il important de partager les mêmes goûts musicaux et les mêmes influences pour avoir votre magnifique complicité ?

Julia Stone: Pas du tout. Je ne crois pas que ce soit important pour nous d’être attiré par le même genre de musique. Nous aimons tous les styles de musiques… mais ce que nous écoutons change tout le temps … comme aujourd’hui d’ailleurs. Dans l’avion, Angus est en train d’écouter cet artiste électronique appelé ‘pogo’, qui mêle des extraits de dialogues de films à une musique incroyablement belle. Et moi j’écoute Marianne Faithful, « Broken English » … j’aime bien. Il me passe ses écouteurs et je lui passe les miens, nous écoutons une chanson différente puis nous échangeons à nouveau. Toute la musique est bonne, vraiment. Ce que j’écoute dépend simplement de comment je me sens à un moment donné. Il y a des jours où le death metal sonne bien pour moi. Je pense que notre attitude vis-à-vis de la musique est similaire … nous ne pouvons pas être attirés par les mêmes choses au même moment mais nous respectons que toutes les formes de créativités aient une place et un but … même si c’est difficile de voir ce qu’elles sont et où elles sont.

Thibault: Avez-vous établi une sorte de hiérarchie entre vous pour éviter des désaccords sur des chansons ou des décisions importantes concernant la phase d’enregistrement, de production … ?

Julia Stone: J’ai écrit un accord contractuel très compliqué qui stipule basiquement que Angus ne peut pas être en désaccord avec ce que je peux dire. J’ai essayé d’obtenir sa signature un million de fois mais il pense que c’est une mauvaise idée.

Thibault: La production de votre nouvel album est vraiment impressionnante, sophistiquée et équilibrée. Et j’ai lu que vous vous en étiez occupés vous-mêmes cette fois ci. Pourquoi ce choix ?

Julia Stone: Ça n’était pas un choix conscient de notre part avant de commencer à enregistrer cet album. Ça s’est vraiment passé comme ça. Nous avons eu des jours de repos pendant la tournée et quand on s’est retrouvé dans cette scierie de Cornouailles, nous y étions sans producteur. Et donc nous avons fait de la musique … ‘Producteur’ est un mot amusant. Vraiment, le monde entier a une responsabilité dans la production de toute musique. Les idées qui nous viennent quand nous faisons la musique peut provenir des cygnes sur le lac, des musiciens dans la pièce, du sifflement d’un vieux train, de l’ingénieur … Nous avons tous une vision pour nos chansons … et puis une fois que nous commençons à les enregistrer, nous essayons de nous tenir à cette vision mais si quelque chose d’autre se passe pendant ce temps – et nous inspire, nous donne de nouvelles idées -  nous sommes plus qu’heureux de faire un détour et de prendre un nouveau chemin…

Thibault: J’ai lu dans un communiqué de presse que vous avez enregistré vos chansons dans différents lieux: un studio à Brooklyn, un réservoir d’eau dans le Queensland, à Londres, dans le Queens à New-York … Qu’est-ce que vous cherchiez dans tous ces endroits ?

Julia Stone: Je ne sais pas si nous cherchions quelque chose de particulier dans chacun de ces lieux. D’une manière générale, je pense que nous gravitons vers les gens avec lesquels nous nous sentons bien… et vers les lieux qui présentent un intérêt à nos yeux… et il s’est passé que ces lieux où nous avons enregistré étaient des lieux avec des gens avec qui nous aimions travailler et des lieux où nous aimions passer du temps.

Thibault: ‘Down The Way’ est un pot-pourri surprenant. Il y a treize chansons exotiques, parfois pop, parfois folk, parfois électriques, parfois acoustiques, parfois intimistes, parfois aventureuses, parfois chanté par Angus, parfois chanté par Julia. C’est comme un immense voyage mélodique avec différentes idées et émotions. Comment peux-tu expliquer ce ressenti ?

Julia Stone: C’est une façon vraiment intéressante de décrire l’album. Je pense que tu l’expliques très bien … Ce sont toutes ces choses … et ces sentiments, tous intervenant sur une base quotidienne. En moins d’une heure, je peux passer d’un état d’excentricité à un état d’intimité… je peux danser sur de la « drum and bass » dans un club, puis m’allonger ensuite dans l’herbe d’un parc en sifflotant « Somewhere Over The Rainbow ». Nous vivons nos vies dans un état de juxtaposition constant … un soleil qui se lève et nous nous réveillons … un soleil qui se couche et nous nous endormons. C’est simplement naturel que notre musique reflète nos changements permanents d’état d’esprit.

Thibault: Je trouve votre album très intéressant dans le sens où l’écriture semble très instinctive, spontanée, tandis que les arrangements et la production révèle un caractère pointilleux et une certaine exigence. A mon avis, c’est l’une des raisons pour laquelle ‘Down The Way’ est à la fois simple et complexe, agréable et excitant. Quelle est votre opinion ?

Julia Stone: Ouais … Je pense que quand il s’agit d’écrire des chansons, le processus pour Angus et moi-même est très simple. Nous nous asseyons dans une pièce, jouons de la guitare et chantons … ou jouons du piano et chantons … et quand vient le moment d’enregistrer les chansons, nous passons beaucoup plus de temps dessus. Nous voulons qu’elles grandissent, fleurissent. Certaines des chansons de cet album ont été joué longtemps sur la route avant d’être enregistrées, donc elles nous étaient très familières, et nous avons vraiment senti et su comment elles devaient être travaillées, fignolées. Donc nous avons fait des choix pour que ces chansons soient comme nous le voulions mais nous n’avons pas eu à devenir spécialement exigent. Les musiciens avec qui nous avons travaillé sur cet album avaient tellement d’idées que lorsqu’ils en choisissaient une, nous n’avons jamais eu de choses à repenser ou refaire.  Nous somme vraiment chanceux de connaître quelques très bons musiciens.

Thibault: Avez-vous commencé et/ou planifier des tournées pour supporter votre nouvel album sur scène ?

Julia Stone: Oui. En fait, nous sommes en tournée en Australie en ce moment. Demain, nous nous envolons pour la Tasmanie pour jouer à Hobart, ce qui va être magnifique. C’est une ville incroyablement charmante. Nous avons joué à peu près sept shows pour l’instant.

Thibault: Comment appréhendez-vous chaque nouveau concert ?

Julia Stone: Hum … Je pense que « appréhension » n’est pas le bon mot …J’envisage beaucoup de choses avant les concerts … un étrange sentiment m’envahit avant de descendre sur scène et je deviens très silencieuse, ce qui est inhabituel … et puis dès l’instant où nous sommes sur scène, tout change …

Thibault: Maintenant que vous avez signé chez le label « Discograph », il est temps pour vos chansons de conquérir le public français … Venez-vous en France cette année pour quelques concerts ?

Julia Stone: Oui. Nous venons en France en avril ou en mai, je crois. Nous avons déjà joué deux fois à Paris par le passé … ce qui avait été sympa ! Nous avions passé un super moment … des amis nous ont embarqués dans une série de « bœufs sauvages » dans de jolies pièces remplies d’instruments… Je connais quelques jolies femmes françaises qui ont traduite une de mes chansons en français pour que je la chante sur cette tournée. Je m’attends à être ridicule au moment de la chanter.

Thibault: Durant toutes mes interviews, je pose  toujours à chaque artiste et groupe les questions suivantes … Donc pourrais-tu me donner:

Julia Stone:

- Trois raisons d’adorer votre nouvel album: Yellow Brick Road, les cordes et Matt Johnson.

- Trois mots pour le décrire: Les larmes du diable (« The Devil’s Tears »)

- La chanson incluse dans cet album qui vous représente le mieux, vous et votre musique: « For You »

- Votre chanson favorite de cet album et la raison pour laquelle vous l’aimez tant: « Yellow Brick Road ». J’adore cette chanson parce que ça me rappelle le bon temps que nous avons passé sur la côté californienne … la brise à travers les fenêtres de la voiture sur la route entre San Francisco et le Big Sur (une partie de la côté californienne). C’était une superbe virée et cette chanson me ramène là-bas.

Thibault: Si tu devais choisir maintenant:

Julia Stone:

- Un artiste: Doveman.

- Un album:With My Left Hand I Raise The Dead’ by Doveman.

- Une chanson: « The Sunken Queen » by Doveman.

- Une de vos chansons: ‘Santa Monica Dream’.

- Un film: Broken English.

- Un acteur: Joseph Gorden-Levitt.

- Une actrice: Parker Posie.

- Une boisson: le thé indien.

- Un plat: /

- Un animal: Cheetah.

- Un rêve: … Quatre chiens courant pour attraper le bus… trois petites bêtes et un gros chien… les trois petites bêtes l’ont eu … l’autre l’a raté d’un rien… il s’est assis et a attendu… aucun autre bus n’est passé. Des ballons jaunes sont arrivés et l’ont attrapé par les pattes… il flottait dans le ciel…et environ vingt chevaux sauvages couraient dans la rue …

- Un pouvoir de super héros: voler bien sûr.

- Une réplique:  ‘Have you ever danced with the devil in the pale moon light?’

- Un sport: le surf.

- Un pays: Le Groenland.

Thibault: Quel genre de groupes et d’artistes écoutez-vous ces jours-ci ?

Julia Stone: Joe Judge And The Apocalypic Circus, Ray Lamontagne, Marianne Faithful, Bruce Springsteen, Linda Rondstat, Neil Young, Gotye, Doveman, Bon Iver, Rage Against The Machine, The Fumes, Jez Mead, Fleetwood Mac, Matt Johnson et beaucoup beaucoup d’autres choses …

Thibault: Merci pour tes réponses !

http://www.angusandjuliastone.com/

http://www.myspace.com/angusandjuliastone

Chronique de ‘Down The Way’, sortie le 06 Avril 2010


par Thibault F.