Inutile de s’intéresser à la vie du couturier Yves Saint-Laurent pour se pencher sur l’hommage musical que lui dédie Alain Chamfort. Un nouvel album gracieux pour cet artiste sur courant alternatif, frôlant le génie et l’ennui d’une chanson à l’autre.

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A 61 ans, Alain Chamfort a tout connu. Des hauts, des bas, de beaux succès, des trous noirs, pour une discographie atypique passée finalement plutôt inaperçue. A l’image de l’homme, lui même assez éloigné de l’univers médiatiques. Il a fallu le voir récemment sur quelques plateaux de télévision, assurant la promotion de ce nouvel album ‘Une Vie Saint-Laurent’, pour se rappeler soudain de son existence. Sans être l’égal du regretté Alain Bashung ou de Jean-Louis Murat, il semble que cet artiste discret ait tout de même été condamné à mort – artistiquement parlant – de façon prématurée. Sans montrer un visage flamboyant sur les seize chansons qui composent cet opus consacré à la vie du célèbre couturier, Alain Chamfort prouve qu’il peut encore briller par intermittence. Confortablement installé au creux d’arrangements bariolés et bien souvent raffinés, son chant raide et grave navigue dans l’ombre et la lumière, entre mélancolie et une forme d’allégresse. De façon assez étonnante, son timbre de voix grave et peu terne convient davantage aux pistes enlevées qu’aux compositions plus intimistes.

A l’image d’un single hallucinogène pas très éloigné de la pop-rock d’Astonvilla (« A La Droite De Dior »), Alain Chamfort voit son charisme s’élargir de façon exponentielle à mesure que ce genre de tubes incandescents fait son apparition. A la manière de Joe Dassin sur ses mythiques « Champs-Élysées », il angélise à merveille les mélodies légères et pétillantes de l’opus (« Le Jeune Homme Au Balcon », « Smoking Or Not Smoking », « Quand On A Tout Connu », « Prêt-à-Porter », « 5, Avenue Marceau ») puis n’hésite pas à pousser les paradoxes à l’extrême, empruntant l’âme d’un poète pour embellir ses rêves (« Majorelle ») avant d’user d’un second degré putassier pour ses soirées jet-set (« Les Muses »). Brillant jusqu’alors, il se trouve dépassé par le classicisme absolu et la lenteur de certains tempos (« Oran », « Pas De Guitare », « Le Marketing La Poésie », « On Dit »), devient alors barbant, presque  has-been, y compris sur quelques déflagrations instrumentales ambitieuses (« Une Etoile Qui Tombe »). A la limite du mauvais goût quand apparaissent des chœurs d’enfants (« Les Clochettes Blanches ») et instrumentations kitch (« Les Deux Ne Font Qu’Un »), Alain Chamfort retrouvera ses esprits lors de son solo de piano final (« Adieu Monsieur Saint-Laurent »), bouclant ainsi un récital inégal.

La révolution de la chanson française ayant aboutie à un échec en début d’année avec l’album d’Arnaud-Fleurent Didier, autant faire l’effort d’ écouter ce que les vieux routiers ont encore à dire et proposer. Et jusqu’à preuve du contraire, Alain Chamfort en fait toujours parti. Malgré de longues errances dans le désert de la lassitude, ‘Une Vie Saint-Laurent’ reste un disque et un hommage honorable.

Sortie: 08/02/2010

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par Thibault F.