Moins fun et dispersés que sur leur précédent album ‘Ga Ga Ga Ga Ga’, Spoon et son génial leader Britt Daniel n’en restent pas moins avec ‘Transference’ l’une des valeurs sûres du rock expérimental américain.

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Le groupe d’Austin fait parti depuis quelques années déjà parti des emblèmes importants du paysage musical américain. Pour beaucoup, ils sont même devenus LE groupe culte, la véritable coqueluche du rock indépendant. Il faut reconnaître que les américains cultivent depuis ses débuts un style fascinant, sur lequel il est bien difficile d’aligner les mots justes, de trouver la parfaite définition. Contrairement à beaucoup d’artistes qui deviennent intéressants par des mélange d’influences inattendues, Spoon se contente pour l’essentiel de moderniser un rock brut de décoffrage, à coups d’inspirations géniales, de sonorités inattendues. Leur succès, ils le doivent à une notion d’équilibre inouïe et inégalable, une notion qui leur permet de conserver la spontanéité de la pop et du rock’n'roll en dépit de la forme expérimentale et innovante de leurs mélodies. C’est dans la complexité et une certaine profusion sonore que naissent les hymnes de la bande de Britt Daniel. Et ce dernier, armé d’un timbre délicieusement enroué, apporte une dernière touche d’exotisme et de nervosité à une machine qui ronronne parfaitement. Y compris sur ce nouvel opus moins bigarré.

‘Transference’ fait office de mini-rupture avec ses prédécesseurs dans le sens où le groupe a privilégié l’imprévisibilité à la diversité. Là où ‘Ga Ga Ga Ga Ga’ rayonnait pour sa pluralité d’ambiances et ses arrangements variés, les nouvelles chansons des texans forment une entité particulièrement hétérogène, en tout cas en terme de son et d’atmosphère. Les vraies surprises, ici,  sont  directement imputables aux directions alambiquées suivies par les musiciens sur chaque piste. Rythmiques encore plus mathématiques qu’à l’accoutumée et production plus que jamais bienveillante à l’absence de hasards et dérives non-contrôlées. Derrière ses deux chefs d’œuvres, furie rock enveloppée d’hallucinations pour l’une (« I Saw The Light »), somptueuse virée mélancolique enfumée pour l’autre (« Out Go The Lights »), Spoon déroule sans avoir à forcer son talent. Les riffs rapeux et le groove transpirant qui foisonnent sur chacun de leurs albums répondent encore présent et colorent des hits instantanés (« Written In Reverse », « The Mystery Zone », « Is Love Forever », « Trouble Comes Running »). Puis, à de rares autosatisfactions expérimentales peu glorieuses (« Who Makes Your Money », « Nobody Gets Me But You »), de nouvelles perles viennent se greffer: une ballade amère accompagnée d’un piano vintage (« Goodnight Laura »), un massage acoustique à l’odeur d’apocalypse (« Before Destruction »), une fusée rock noble et légèrement noisy (« Got Nuffin »).

Un grand disque de plus dans la besace. Non, ‘Transference’ n’atteint pas les sommets sur lesquels reposent ‘Kill The Moonlight’ ou ‘Ga Ga Ga Ga Ga’, mais solidifie un peu plus une discographie imposante, originale et consommable sans modération. A moins d’une catastrophe inopinée, Spoon ne décevra jamais.

Sortie: 19/01/2010

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par Thibault F.