
Gil Scott-Heron comptait peut-être sur sa voix ravagée et sur son C.V d’artiste « bad boy » – poète, prisonnier, consommateur de drogues, violences familiales – pour époustoufler la galerie sur son nouvel album ‘I’m New Here’. Raté. Le gouffre de la médiocrité s’est ouvert sous ses pieds.
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Hors de question de remettre en cause la carrière de l’homme, de stigmatiser une discographie colossale à travers un seul disque, ou de balayer d’un coup le statut de légende vivante que lui confèrent ses fans. Mais seulement essayer de minimiser le retour salué, certainement beaucoup trop, du célèbre Gil Scott-Heron. De la même manière qu’il faut savoir s’intéresser au passé pour admirer et juger le talent d’un artiste, il est nécessaire de faire abstraction de ce même passé pour se forger une opinion sur le présent – et reconnaître, parfois, que le talent n’est pas forcément un gage de réussite. Dans le cas de Gil Scott-Heron et de son dernier opus, l’application de la règle nous condamne au pessimisme. ‘I’m New Here’ comporte trop d’énormités, de faiblesses pour être confiné sagement, sans réaction, au rang des chefs d’œuvres de l’année 2010. La forme inachevée des chansons, balancées comme de vieilles démos mal enregistrées, les vingt-huit petites minutes affichées au compteurs entrecoupées d’interludes, un chant rocailleux plus caricatural que personnel, sont autant de raisons de croire à une mauvaise blague, ou à une collection de titre rares jamais finalisées que l’on offre aux fans.
Non. C’est du sérieux. Les quelques euros qu’il faut débourser pour s’approprier l’œuvre en témoignent. Gil Scott-Heron nous laisse penser une seconde qu’il lui reste encore l’ambition de créer des chansons, des vraies, à travers de sombres complaintes capables de le toucher lui comme nous (« I’ll Take Care Of You », « Me And The Devil », « The Church »). Même pas une lueur d’espoir, juste trois petites étincelles. Non conscient de ne s’intéresser qu’à lui lors de monologues transitionnels complètement inutiles (« On Coming From A Broken Home Pt. 1″,« On Coming From A Broken Home Pt. 2″ « Parents Interlude », « Being Blessed Interlude », « I Was Guided Interlude », « Certains Things Interlude », « I’ve Been Me Interlude », « Your Soul And Mine »), il se fourvoie dans une série d’arrangements immondes (« New-York Is Killing Me ») avec une décontraction presque insolente – comme si son organe vocal et ses paroles proférées pouvaient suffire à combler un trou noir d’inspiration (« Running », « I’m New Here », « Where Did The Night Go »).
Si Gil Scott-Heron demeure vraiment le grand artiste décrit un peu partout, ‘I’m New Here’ ne devrait pas ressembler à un disque d’imposteur, un disque artisanal volontairement bâclé, tournant en rond autour de son auteur au lieu de s’intéresser à son public, et qui finalement, n’est pas plus profond qu’une flaque d’eau.
Sortie: 09/02/2010
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5 commentaires
Ah ouais, tu y vas pas de main morte, toi…
J’avoue avoir été interloqué par le succès critique de cet album, même si je dois également préciser que je ne connais le reste de l’oeuvre de Gil Scott-Heron…
En tout cas, je n’ai pas saisi les louanges de ce I’m new here, sans être aussi dur que toi
SysT
wow
je comprends très bien qu’on n’aime pas ce disque (dont je fais partie des fervents défenseurs),
mais contrairement à ce que tu laisse entendre, si comme d’autres j’aime ce disque, c’est d’abord pour ce qu’il est, pas seulement à cause du passé du bonhomme, qui soit dit en passant n’a pas fait que des chefs d’oeuvre.
je crois aussi que tu prends au premier degré des paroles qui restent des fictions, dans son itw à Vibrations il explique que justement il ne vient pas d’une famille dysfonctionnelle et qu’il a eu une enfance heureuse, donc ce que tu prends pour des paroles nombrilistes ne le sont pas tant que ça
D’autant plus pour « i’m new here » qui est une reprise de Smog ^^
cela dit, je vois que beaucoup de monde n’aime pas, et j’ai pas l’intention de vous forcer :-p
C’est un peu à se demander si Richard Russell de XL Recordings n’a pas forcé ce retour en essayant de trop bien l’orchestrer (la présence de Albarn et West). Gil Scott-Heron avait-il vraiment envie de le faire ce disque…
J’ai cru à une parodie de Tom Waits à un moment, je dois bien le dire …
parodie + tom waits, là c’est le coup de grâce ^^
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