Le temps de sillonner les routes Motown tracées par Smokey Robinson & The Miracles, Sharon Jones fait swinguer ses cordes vocales enflammées sur les airs funk-soul des Dap Kings. La production vintage fait merveille mais le groove se fait parfois désirer.

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Dans le dit « groove » tient véritablement tout le problème et l’intérêt du quatrième album de ce collectif talentueux. Les tubes les plus accrocheurs tirés de la musique soul et du funk, ceux qui ont entrainé et entraînent encore des surchauffes de platines, se fondent toujours sur des mélodies et des harmonies vocales au groove irrésistible, universel même. James Brown en sait quelque chose. La puissance et l’enthousiasme de l’interprétation ont beau faire eux aussi partis du charme de ses registres musicaux, la présence ou absence de groove dans un album comme celui de Sharon Jones et des Dap Kings décide seul de son sort. Et dans le cas de ‘I Learned The Hard Way’, l’impression générale reste mitigée. Des arrangements, particulièrement léchés, jusqu’à la voix bouillonnante de leur chanteuse, le groupe dévoile pourtant de puissants atouts, et profite de quelques années d’expérience dans le domaine pour afficher une assurance écrasante. Insuffisant néanmoins pour accoucher d’une œuvre majeure. Faute d’homogénéité.

Une seule composition suffit parfois à chambouler tout un disque. En bouclant leur album sur un hymne gospel-soul fracassant (« Mama Don’t Like My Man »), en laissant le timbre généreux de leur diva réaliser des acrobaties sur cette rythmique habilement dépouillée, la bande vient de réduire presque tous ses efforts en résidus de poussière insignifiants. Face à cet irrésistible sens du groove exhibé, le reste de la tracklist peine à exister. A commencer par les envolées les plus furieuses du groupes, où les cuivres et les cordes pleuvent vainement en abondance (« The Game Gets Old », « The Reason » I’ll Still Be True »), où les refrains qui se veulent dévastateurs finissent par crever en chemin, faute d’originalité (« I Learned The Hard Way »). Les tentatives funk (« Money ») manquant clairement de percussion, la soul mélancolique ne figurant pas sur la carte des spécialités du groupe  (« Window Shopping »), il faut s’en remettre à des compositions délestées de tout superflu pour décrocher de nouveaux trésors. Ainsi mise à nue, Sharon Jones éclabousse de puissance des mélodies rétro, dont l’extrême banalité n’empêche en rien leur  efficacité (« Better Things », « If You Call », « Without A Heart », « Give It Back »), avant de faire usage d’une certaine retenue pour magnifier une piste cabaret dantesque, plongée sous une l’obscurité des chœurs et de l’instrumentation.

Les mélodies soignées du groupe, l’équilibre de la production et l’intensité vocale sans limite de Sharon Jones ne parviennent pas  toujours à transcender un album qui se résume malheureusement très vite à ses quelques bijoux, qui ne demandent qu’à être répétés inlassablement, au détriment des autres pistes.

Sortie: 06/04/2010

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par Thibault F.