Un nouveau cowboy solitaire s’invite avec brio sur le terrain des anciens singer-songwriters américains. Resté scotché à l’âge de pierre de la musique folk, Joe Pug disperse quelques  joyaux mélancoliques sur un premier disque intitulé ‘Messenger’.

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Une voix nasillarde, une guitare acoustique et un harmonica en forme de compagnons fidèles, des compositions balayées par l’émotion et vidées de toutes sortes d’artifices. Joe Pug est un artisan du folk à l’ancienne, un artiste qui privilégie l’écriture et l’interprétation aux arrangements, à l’image de Bob Dylan durant ses premières années de carrière. Le singer-songwriter de Chicago voit d’ailleurs affluer les comparaisons avec la légende Zimmerman en raison de similitudes vocales et d’une attitude faussement désinvolte. Mais au delà de rapprochements flatteurs,  Joe Pug représente plus généralement le prototype authentique du folk-singer des années 60, l’homme qui posait son chapeau devant les bars, racontait quelques histoires avec sa guitare, essayait de se faire un nom, puis enchaînait quelques bières avec les pièces récoltées. Simple, sincère et formidable jongleur de mots, le jeune artiste américain possède déjà l’étoffe des mythes et légendes du genre, de Neil Young à Donovan, Dylan en passant par Paul Westerberg.

Il le prouve dès l’entame avec quelques clins d’œil électriques et amusants faisant référence au fameux « Hey Hey My My (Into The Black) » de Neil Young (« Messenger »), clins d’œil qu’il renouvèlera à l’artiste lors de la clôture country-rock crue et nerveuse de l’album (« Speak Plainly, Diana »). Une introduction et une conclusion aux mélodies brûlantes et primitives donc, qui viennent délimiter intelligemment une tracklist à l’essence folk acoustique et mélancolique. A l’exception d’une virée enjouée dans les bayous, rythmée au son d’une batterie et d’un banjo lumineux (« The Door Was Always Open »), les compositions de Joe Pug se noient généralement dans les nuages épais de la nostalgie. L’harmonica danse avec le chagrin (« How Good You Are ») quand la voix pleure avec dignité dans un dernier déchirement (« Bury Me Far (From My Uniform »). Les guitares grincent timidement le blues sous le soleil couchant, pour évoquer de vieux souvenirs (« Not So Sure », « The First Time I Saw You », « The Sharprest Crown »), avant de redevenir les piliers de folk-songs minimalistes qui traversent l’Amérique à l’ombre, dissimulées gracieusement dans les bois (« Unsophisticated Heart », « Disguised As Someone Else »).

A l’image du suédois Jens Kristian Mattsson, alias The Tallest Man On Earth, Joe Pug tient à brandir fièrement le vieil étendard de la musique folk américaine. Pari réussi dès ses grands débuts avec un premier opus à la maturité exceptionnelle, qui aura au moins le mérite de vous faire découvrir un genre d’écriture et d’interprétation phénoménale enterrées il y a des lustres.

Sortie: 16/02/2010

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par Thibault F.