Entretien réalisé avec Nicolas Basque en mai 2010 / VF

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Quand et comment l’aventure ‘Plants And Animals’ a-t-elle commencé ?

Nicolas Basque: Woody et Warren sont des amis d’enfance et font de la musique ensemble depuis longtemps. J’ai rencontré Warren à l’université, nous étions tous deux étudiants en musique. Nous collaborions régulièrement sur des projets communs et j’ai fini par rencontrer Woody qui revenait d’un an passé en Amérique du Sud. Nous avons commencé par être un groupe instrumental sans trop savoir où tout ça allait mener. Nous jouions tous les mois à la Casa ou au Divan Orange à Montréal, des sets plus ou moins improvisés. Nous répétions au-dessus d’un exterminateur (notre ancien local est maintenant devenu un hôtel échangiste) ou dans le sous-sol du restaurant asiatique où Warren travaillait.

Depuis vos débuts et votre premier album ‘Parc Avenue’, il est extrêmement difficile de cerner votre musique et de lui coller une étiquette. Vos chansons possèdent une identité très forte, à tel point qu’il serait impossible de deviner la moindre de vos influences. Comment l’expliquez-vous ?

Nicolas Basque: Nous écoutons tous les trois beaucoup de musique peu importe le genre. Nous aimons explorer, ne pas se mettre dans un moule, faire éclater les frontières.

‘La La Land’ est lui aussi très déroutant … et passionnant. Même après plusieurs écoutes, on reste scotché par la diversité des structures mélodiques. On a vraiment l’impression que chacune d’entre elles répond à une inspiration passagère, à un déclic particulier. Qu’en est-il vraiment ?

Nicolas Basque: Nous approchons chaque pièce comme une entité en soi. L’album se dessine au fur et à mesure du processus d’enregistrement et la direction qu’il aura aussi. Dans un sens, nous nous laissons aller aux inspirations passagères et lors de l’enregistrement des pièces laissons une certaine liberté aux structures.

Lorsque l’on passe de « American Idol » à « Game Shows », en passant par « Future 80’ », on se dit que plonger dans votre univers musical, c’est vraiment une aventure en soi. Vous me faîtes penser à Thin Lizzy sur ses premiers disques, en particulier « Vagabonds Of The Western World » où l’on pouvait trouver une tonne d’idées en vrac, à travers du tango, du blues, du rock, des ballades aux orchestrations magnifiques, des chansons traditionnelles … De votre côté, comment appréhendez-vous la réalisation d’un disque? Qu’est ce qui vous importe le plus?

Nicolas Basque: Étrangement pour moi le disque est très cohésif, un genre de chaos organisé. Ce qui nous importe le plus c’est que le disque face du sens, que ce soit un album, une promenade à travers monts et vallées, un tout qui se promène un peu partout mais qui tend vers une même direction. Je crois que ce qui nous importe c’est la qualité des compositions, que la performance musicale lors de l’enregistrement soit vivante et que la prise de son des instruments rehausse la musique et la performance. Le mixage des pièces est important aussi, puisque chaque morceau y est mis à jour, sculpté.

Il y a en revanche quelque chose qui n’a pas changé chez vous, c’est le rapport que vous entretenez avec la musique des années 60 et 70. Même si votre nouvel opus contient encore des compositions très variées, elles possèdent toutes des marques de ces années-là, à l’image de « Kon Tiki », qui est en passant l’une des meilleures chansons du disque …

Nicolas Basque: On écoute beaucoup de musique des années 60 et 70 et sommes tous les trois fascinés par la qualité de réalisation des disques de ces années, l’âge d’or de l’enregistrement sonore Rock.

D’une manière générale, comment vous-y prenez vous pour écrire des chansons qui sont à la fois si atypiques, si imprévisibles dans leur déroulement et quand même accessibles?

Nicolas Basque: Aucune idée, on fait la musique que l’on aime, qui nous inspire. En général, Warren amène une idée de chanson en répétition ou en studio et on la retravaille ensemble, l’arrange, la découvre.

Sur ‘La La Land’, la production semble plus dense. Vous vous éloignez en partie de votre folk-rock « expérimental » au profit d’un rock un peu plus cru et groovy. Et la distinction entre les titres mélancoliques et enjoués est plus forte qu’auparavant. Que souhaitiez-vous faire après ‘Parc Avenue’ ? Que vouliez-vous changer ?

Nicolas Basque: Le fait de tourner Parc Avenue nous a rapproché d’un son plus live, plus cru. Nous avons délaissé les guitares acoustiques en partie, pour les guitares électriques. Nous avons exploré les effets de guitare, poussé la recherche de timbre sonore. Je crois que le seul changement que nous souhaitions consciemment faire était de ne pas se répéter, d’évoluer.

Parce qu’il est presque impossible de cerner vos inspirations, peux-tu me citer quelques artistes qui ont pu avoir une influence sur votre musique?

Nicolas Basque: Jimi Hendrix, Bob Dylan, Daft Punk, Neil Young,, Ali Farka Touré, Bach, US Mapple, Quincy Jones, Al Green.

Étant donné que vous maîtrisez aussi bien l’anglais que le français, vous-est il déjà venu à l’idée d’écrire des chansons pour les interpréter en français ?

Nicolas Basque: Warren écrit les paroles des chansons et est anglophone. Peut-être qu’un jour je tenterai un texte en français ou lui même le fera.

En écoutant encore votre album ces jours-ci, je me dis que vous devez prendre un plaisir fou à les jouer sur scène, voir à les revisiter, à proposer des versions alternatives. Vos morceaux semblent vraiment malléables. Certains pourraient prendre en live une tournure beaucoup plus minimaliste, d’autres beaucoup plus rock. Qu’en est-il sur scène?

Nicolas Basque: Certaines pièces se jouent d’elles-mêmes, d’autres sont constamment en recherche. Nos pièces sont élastiques en concert, nous sommes fidèles à la structure et aux mélodies mais nous aimons nous tenir au bord du précipice et en alerte. Je crois qu’en ce moment nous jouons beaucoup avec les contrastes et essayons d’exploiter les nuances de chaque pièce à leur maximum.

Êtes-vous sur scène à l’image de vos chansons, c’est-à-dire un peu foufous sur les bords et un peu incontrôlables?

Nicolas Basque: Nous sommes en sueur sur scène, un bain de sueur.

Est-ce que tu peux m’expliquer le pourquoi du comment de la pochette. Je n’y prête jamais beaucoup d’attention, mais celle-ci m’interloque, allez savoir pourquoi …

Nicolas Basque: La photo de la pochette a été prise par Warren dans un désert en Arizona qu’on traversait en tournée. Nous souhaitions un contraste avec Parc Avenue, une pochette épurée, aérienne.

Et pendant qu’on y est, comment vous-est venue l’idée de la vidéo consacrée à votre premier single « The Mama Papa » ? C’est amusant pour vous, ce genre d’exercice ?

Nicolas Basque: L’idée vient du réalisateur Sinbad Richardson, il s’est inspiré de Fellini. L’exercice consiste en deux longues journées d’attente entre deux prises. Le résultat est amusant, le processus l’est plus pour le réalisateur.

Durant toutes mes interviews, je pose  toujours à chaque artiste et groupe les questions suivantes … Donc peux-tu me donner:

Nicolas Basque:

- Trois raisons d’adorer votre nouvel album: sensualité, rêve, fuzz.

- Trois mots pour le décrire: sensualité, rêve, fuzz.

- La chanson incluse dans cet album qui vous représente le mieux, vous et votre musique: Je dirais que « Undone Melody » nous représente assez bien.

- Votre chanson favorite de cet album et la raison pour laquelle vous l’aimez tant: Je pense qu’en ce moment c’est Undone Melody, je sais que Warren l’a écrit en s’inspirant de moi et de quelque chose que j’ai vécu, donc elle me touche particulièrement.

Si tu devais choisir maintenant:

Nicolas Basque:

- Un artiste: Neil Young.

- Un album: Highway 61 Revisited.

- Une chanson: La Bamba.

- Une de vos chansons: Jeans Jeans Jeans.

- Un film: ‘Léolo’ de Jean-Claude Lord.

- Un acteur: Joey Cobden.

- Une actrice: Joey Cobden.

- Une boisson: Lagavulin.

- Un plat: pâté chinois.

- Un animal: grizzly.

- Un rêve: Jouer avec les Gypsie Kings.

- Un pouvoir de super héros:  Jouer comme les Gypsie Kings.

- Une réplique: /

- Un sport: Hockey.

- Un pays: Islande.

Quels genres de groupes et d’artistes écoutez-vous ces jours-ci ?

Nicolas Basque: T’Assels, Katie Moore, Wolf Parade, Orilla Opry, Barr’s Brother, Timber Timbre, Mike O’Brien,Velvet Underground, Serge Gainsbourg, Led Zeppelin, Neil Young, Black Mountain, US MAPPLE.

Merci pour tes réponses.

(Note: Le groupe sera en concert à la Flèche D’Or (PARIS) le 3 Juillet.)

INFOS

http://www.plantsandanimals.ca/

http://www.myspace.com/plantsandanimals

Chronique de La La Land

par Thibault F.