
Accompagné d’artistes de marque sur ses douze nouvelles chansons, Sage Francis livre un album inégal et frustrant. En misant trop sur la présence des featurings pour rassembler des publics différents, difficile pour lui de faire l’unanimité.
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Parce qu’il est l’une des icônes les plus respectables et appréciables du rap indépendant américain, l’attente autour de ses albums est souvent lourde. Trop, parfois, mais comment peut-il en être autrement lorsque des membres de Calexico, de Califone ou de Death Cab For Cutie décident de lui prêter main forte, en plus d’artistes de renom comme Jason Lytle ou Yann Tiersen, pour ne citer qu’eux. A la simple évocation de cette guestlist impressionnante, les espoirs autour de ‘Li(f)e’ se sont intensifiés en même temps qu’ils décuplaient les chances de déceptions. Et Sage Francis déçoit, en effet. Non pas pour la valeur intrinsèque de ses chansons, mais pour la forme que prend l’ensemble. Le rappeur américain tombe un peu dans le piège de l’anti-cliché, enrichissant l’univers du hip-hop par de nouvelles influences jusqu’à saturation. Les morceaux s’enchaînent, provoquent l’ennui et l’excitation en alternance, ne permettant jamais à l’album de délivrer un plaisir intégral. Plus que Sage Francis en personne, ce sont ses invités qui donnent le ton et trouveront de l’écho chez leurs fans. La subjectivité demeure toujours de mise dans la musique, et ici plus qu’ailleurs.
L’originaire de Miami se met tellement en retrait par rapport à ses camarades qu’il laisse plus que jamais son public décider quelles sont les bonnes et les mauvaises chansons, selon l’admiration qu’ils portent à ses accompagnateurs. Dans cet étrange mélange des genres, Sage Francis arrive quand même à offrir quelques pépites d’or. L’atmosphère lourde et les températures humides de chez Calexico ont joliment su liquéfié ses ardeurs (« Slow Man »), les mélodies folk de Califone ont apporté de superbes nuances au milieu du Hip-Hop (« The Baby Stays », « Polterzeitgeist », « 16 Years »), même si c’est au contact de spécialistes du registre Hip-Hop – avec le canadien Buck 65 – que son flow a retrouvé ses ailes et sa totale efficacité (« I Was Zero »). A l’inverse, l’artiste se noie complètement lorsque Chris Walla des Death Cab For Cutie emmanche sa guitare et appuie sur le champignon (« London Bridge », « Three Sheets To The Wind »), ou lorsque les riffs de Jason Lytle et les claviers prennent les devants, l’obligeant à se taire (« Little Houdini »). Sans cesse sur courant alternatif, Sage Francis affiche son aisance dans les saloons réservés aux rappeurs (« Worry Not »), adapte son flow aux nappes rêveuses de Yann Tiersen (« The Best Of Times »), avant de perdre à nouveau pied en phases plus expérimentales (« Diamonds And Pearls », « Love The Lie »).
‘Li(f)e’ est sans aucun doute un disque intéressant et enrichissant à plus d’un titre. Trop varié et pas toujours réussi, il démontre en tout cas à quel point l’association de styles musicaux opposés est compliquée. Car même lorsque les mélodies sont une totale réussite, il faut encore être capable d’imprimer sa personnalité sur les pistes. Peu évident, même lorsque l’on s’appelle Sage Francis.
Sortie: 10/05/2010
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1 commentaire
J’aime bien la théorie de l’anti-cliché. Il y a vraiment de ça dans cette volonté de tout faire pour ne pas être catalogué. Dommage que ça ne paie jamais.
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