
Dans un décor sonore ô combien kitsch, Jack Tatum compte sur son sens aiguisé de la mélodie pour réactualiser dans un univers masculin la dream-pop de Kate Bush et des Cocteau Twins. Bien ficelé mais pas toujours très digeste.
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Héritière des années 80, de ses couleurs flashy et de ses synthétiseurs inoubliables, la musique de Wild Nothing se devait de passer un obstacle majeur pour exister et se faire apprécier. A savoir faire preuve d’assez d’intelligence et d’inspiration pour ne pas sombrer dans le mauvais goût lié à une période musicale fâchée avec la sobriété. Un défi que le jeune songwriter relève parfois brillamment, parfois laborieusement, avec des compositions vaporeuses semblables à celles que proposent les bandes suédoises spécialistes de ce domaine pop. Ceux qui apprécient les Mary Onettes et les autres artistes signés chez le label Labrador ne devraient pas se sentir dépaysées par le parti pris musical de ‘Gemini’,et ne devraient pas être surpris par la redondance mélodique de cet opus. Comme c’est souvent le cas avec les groupes adeptes de chansons langoureuses, riches et rêveuses, il s’installe une dynamique routinière simplement secouée par un ou deux hits d’exception. Le projet solo de Jack Tatum souffre des mêmes maux, à la différence près que sa qualité de mélodiste offre à son premier album l’occasion de respirer de temps en temps.
Il convient d’ailleurs d’apprécier comme il se doit son habileté à réaliser des road-trips pop absolument magnifiques, tiraillées entre le désir d’éveiller une certaine nostalgie chez l’auditeur et l’envie de l’embarquer dans un univers futuriste aux paysages encore inimaginables (« Chinatown », « Live In Dreams »). Deux titres comme deux exploits perdus dans la masse, sur lesquels Tatum semblait trouver la bonne formule et le bon dosage pour faire de la dream-pop aux colorations eighties un genre presque ouvert à tous, y compris à des réfractaires aux claviers scintillants et aux guitares sirupeuses. Le jeune artiste s’en sort souvent avec les honneurs, mais peine – malgré des changements de rythmes convaincants – à se dépétrer de l’existant. A de trop nombreuses reprises, il devient impossible de ne pas pousser Wild Nothing à la comparaison avec le duo féminin Palpitation, tant leurs titres se ressemblent et se confondent (« Our Composition Book », « Drifter », « Summer Holiday », « O Lilac », « The Witching Hour », « Gemini »). Titres réussis par ailleurs, mais structurellement trop peu originaux et trop entendus pour déclencher un intérêt particulier. Plus que jamais doué et grâcieux quand il ose et ne donne plus la priorité absolue aux synthétiseurs (« My Angel Lonely », « Pessimist »), il sabote son talent lorsqu’il s’enferme naïvement dans tous les stéréotypes insupportables des années 80 (« Bored Games », « Confirmation »).
‘Gemini’ est à la fois un disque prometteur et décevant. Le fabuleux « Chinatown » laissait imaginer une agréable surprise, mais Jack Tatum accouche à 21 ans d’un disque finalement très classique. Il n’en demeure pas moins un bel espoir dans son registre, et mérite d’ores et déjà un tant soi peu d’attention.
Sortie: 25/05/2010
Autres chroniques: Pitchfork
12 commentaires
Dans un genre similaire, je trouve ce disque un cran au-dessus du dernier Radio Dept. Vraiment une excellente découverte pour ma part.
Bah, c’est franchement pas mal mais je crois que c’est un domaine surpeuplé. On est toujours tenté de comparer les artistes qui officient dans le même genre, mais là c’est vraiment frappant …
En même temps moi je me dis que ce mouvement ce n’est qu’un revival, comme tu le dis ça se réfère à une new-wave flashy des 80′s type The Wake, et que les mecs qui font ce revival depuis 5 ans au lieu de quelques mois, ben ils ont pas beaucoup plus de mérite que les autres, et ils sont pas nécessairement plus originaux non plus. Du coup, si je réfléchis juste en terme d’efficacité, ce disque de Wild Nothing est limite le nouveau maître-étalon du genre.
Je serais plutôt d’accord avec toi avec ta vision des choses. N’empêche que Chinatown est tellement bon que je pensais tomber sur un album un peu moins prévisible.
Secteur où effectivement, on commence à friser l’overdose. Si je suis objectif, celui-ci ne me semble guère moins bon que d’autres, mais… j’ai envie de passer à autre chose!
Pas mal convaincu pour ma part. J’aurai tendance comme Julien à le placer un peu au dessus du Radio Dept.
pour moi c’est largement en dessous du radio dept, beaucoup plus classique, assez vite oublié.
Bon j’apporte mon écot au moulin des plutôt « Pour » à savoir Julien et Benj’. Une excellente découverte également.
Superbe découverte pour ma part aussi ! Merci
Ce « Gemini » malgré son côté ultra-référencé est un des albums les plus frais entendu cette année.
Quant à Palpitation (que je découvre grâce à ta chronique), ça ne me semble que très vaguement ressemblant (si ce n’est par le style) et c’est largement moins bon (voix pénible, mélodies bien pauvres, production beaucoup plus « clean » et anonyme malheureusement).
[...] lire la chronique que j’ai écrite pour Indiepoprock (ici) ou bien aller faire un tour chez La Quenelle Culturelle, La Musique à Papa ou encore Mmarsup. Pour finir, la jolie vidéo de Chinatown, l’un des [...]
[...] Des p’tites déceptions qui ont tout de même réussi à claquer un morceau là-haut : The Dead Weather, Eels, Gayngs, Grinderman, Warpaint, Titus Andronicus, Yeasayer, Wild Nothing… [...]
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