Dans son plus simple écrin, le folk du néerlandais Thijs Kuijken s’adresse directement au cœur. Auréolé d’une chorale envoûtante et couvert de modestes mélodies, construites de bric et de broc, ‘On Claws’ est un formidable recueil de mélancolie.

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Avec des moyens techniques limités et une humilité évidente, un jeune artiste dissimulé sous pseudonyme tend à prouver qu’il ne faut pas grand chose pour accoucher d’un grand disque. Dans une époque où beaucoup de musiciens profitent de technologies considérables pour donner vie à leurs inspirations, d’autres préfèrent se limiter à des broutilles, espérant juste que leur seul talent et leur sincérité sauvent la mise. C’est un peu le cas de cet hollandais, qui sans grandes ambitions, se retrouve à jouer les folksingers de luxe guère plus de trente minutes. Déjà auteur de deux albums sous son nom I Am Oak, il compte sur un petit label situé dans son pays pour que ses sombres comptines trouvent un écho un peu plus large. Ce qu’on lui souhaite de tout cœur, d’ailleurs. Parce que sous ses lunettes fines, sa crinière démodée et ses traits d’intellectuel innocent se cache un sacré don du ciel. Le genre de types qui, avec trois brindilles et une voix fluette, donnent leur propre définition de la beauté. Dans son sac d’écolier, il transporte des mini-mélodies sans conservateur, légères comme des plumes d’oiseaux mais capables d’ensorceler les pires brutes.

Plongés sous un soleil noir, assis au creux de paysages désertiques, il interprète avec quelques survivants les dernières complaintes d’une vie. Preuves que la mort ne les a pas encore fauché, leurs compositions ont néanmoins déjà adopté la teinte apocalyptique des lieux. C’est dans une bulle sans espoir que Thijs Kuijken sort de son cartable abîmé ses dernières merveilles, et commence à pousser la voix en attendant la fin. Son chant sue la mélancolie, ses chansons folk sentent les cendres, mais ce sont les dernières étincelles colorées au milieu du chaos. Comme pour lancer un appel aux divinités, les mélodies se muent en des hymnes religieux minimalistes où les chœurs s’envolent en direction des cieux. Il en ressort quelques joyaux désenchantés et entêtants, soutenus par quelques percussions (« Murmur », « Under Sun », « On Trees And Birds And Fire », « Don’t I Know Enough », « Clavicles »), quelques trompettes au bord de la rupture (« Trumpets »). Mais chez I Am Oak, l’émotion se transmet aussi via des récits parfaitement dénudés (« Lo And Behold », « Hearth »), de minuscules morceaux sonores bordés d’harmonies vocales grâcieuses et vivifiantes (« We Are Sound », « Wolves In The Yard », « On Talons », « On Oxen »). Enfin, quand le folksinger parvient à illuminer son visage avec un semblant de sourire, l’ombre de Fink le guide vers de nouveaux espaces, moins sombres et plus vastes (« Storm », « On Crests »).

Sans doute est-il trop homogène. Sans doute est-il limité par sa simplicité et ses formules folks un peu bancales. Sans doute, oui. Mais ‘On Claws’ possède dans sa noirceur une beauté rarissime. A l’instar de groupes comme Uniform Motion ou Second Star, I Am Oak mérite de quitter ses déserts dévastés pour une place au soleil.

Sortie: 14/05/2010

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par Thibault F.