Keith (GOOD)win, Tim Arn(OLD) et Dan Sch(WAR)tz. Trois jeunes talents qui officient sous l’étendard ‘Good Old War’ et qui creusent pour la seconde fois les nombreuses facettes du folk avec une énergie rock’n'roll. De la candeur, de la fraîcheur et du groove. Royal.

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Ils passent encore un peu inaperçus au milieu de sensations folk des années 2000. Ils ne sont pas encore très reconnus par les média classiques ou du web mais possèdent tous les arguments pour le devenir. Sorti en 2008, leur premier album ‘Only Way To Be Alone’ annonçait l’éclosion d’une bande sympa capable de pondre des compositions attachantes et agréables. Sorti début juin de cette année, leur nouvel album éponyme annonce désormais la naissance d’un groupe incontournable, à ranger sans honte entre les Okkervil River, les Fleet Foxes et The Cave Singers. Pour ne citer que pour le moment. Rien que ça quoi. Dans l’univers folk-rock actuel, ils ne représentent pas une nouveauté mais réalisent une symbiose du genre. Leurs chansons n’évoquent plus tout à fait les années 60 mais plutôt les artistes et les bandes qui s’en sont inspirés ces dernières années. Quinze titres courts, quinze hits irrésistibles, percutants et sans loopings mélodiques inutiles. Tout ça pour former un album élégant, hétérogène dans sa forme et homogène dans sa qualité. C’est sans complexe et avec une franche facilité que la bande de Philadelphie répète ses gammes. Des choeurs ensoleillés qui fleurissent dans chaque recoin du disque, un chant joliment tiède, printanier, le tout monté sur des boucles acoustiques très simples, dynamiques et efficaces comme de l’ibuprofen. Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures pour proposer de la bonne musique. Ça, les Good Old War l’ont très bien compris et le revendiquent minutes après minute.

Passons en vitesse sur leurs trois interludes (« Good », « Old », « War »), petits clins d’oeil à leur nom placés aux extrêmités du disque et en son milieu. Pas très utiles, comme toujours dans des oeuvres non conceptuelles, mais qui ont moins le mérite de s’intégrer parfaitement à l’ambiance et à la couleur du disque. Le fait que l’on ne leur prête aucune attention particulière pendant l’écoute de leur éponyme tend en tout cas à le prouver. Un constat qui ne peut se transposer au reste de leur travail, d’une finesse interrompue et qui révèle beaucoup du potentiel de ces trois américains insouciants. Car c’est bien sous une insouciance non feinte que se cache comme une compilation de ce qu’il se fait de mieux dans le folk-(rock) des années 2000. Au sein de ce bazar de luxe, trouverez-vous votre bonheur sous le groove électrique tourbillonnant et inépuisable des Cave Singers (« Get Some »), sous la sincèrité mélancolique et désabusée (dont l’écriture s’accroche comme une sangsue aux Dylan et à ses frères des sixties) des Pete Molinari et Langhorne Slim (« Here Are The Problems », « Sneaky Louise »), ou sous les frappes aériennes des Fleet Foxes, des Revolver et autres Local Natives (« World Watching », « I Should Go », « Thinking Of You », « Making My Life ») ? Sûrement sous un peu tout à la fois. Ils ne laissent de toute façon à aucun instant la possibilité de s’assoupir devant leur musique, de s’en désintéresser et de passer à autre chose. Ils continuent à imposer leur aisance et à produire des mélodies infiniment sympathiques, piquant les tours de passe-passe de Blitzen Trapper et des Okkervil River pour faire de leurs singles des voyages folk euphoriques (« Woody’s Hood Boogie Woogie », « While I’m Away », « That’s Some Dream », « My Own Sinking Ship ») ou des balades intimistes (« My Name’s Sorrow »).

Le jeu des comparaisons peut paraître souvent vain, parfait limite insultant. Mais pour peu que vos oreilles se soient déjà frottés aux autres références modernes du – très vaste – genre folk, il est trop difficile avec les ‘Good Old War’ de ne pas tomber dans ce travers. Keith, Tim & Dan s’irriteraient sans doute à voir leur travail limité à des noms, mais entre nous, connaissez-vous beaucoup d’artistes à la si jeune carrière capables d’évoquer avec une classe naturelle, presque insoltente, autant de pointures le temps de quelques chansons ? Aujourd’hui, pas moi.

Sortie: 01/06/2010

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par Thibault F.