Sensation britannique depuis quatre ans, les Mystery Jets continuent d’explorer les sons des années 80 dans un nouvel album garanti sans mauvais goût et truffé de refrains tonitruants. Quatrième album au compteur pour ces cinq britanniques toujours en quête du sans-faute.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Il n’a jamais été question pour les londoniens d’apporter du neuf dans le paysage pop-rock d’outre-manche. Il suffit de se pencher sur la simplicité de leur dernier album et leur évolution discographique pour le comprendre. Comprendre que leur seule préoccupation reste de faire plaisir à leur public avec des compositions ultra-catchy que l’on peut considérer comme des hymnes à la jeunesse éternelle. Une démarche reprise depuis peu par les types de Hockey d’ailleurs, les nouvelles coqueluches rock de Portland. Une chose est sûre en tout cas. Si la révolution de la musique pop ne passera pas par les Mystery Jets, leur science du recyclage est un don du ciel. Reprendre à son compte la synth-pop des années 80, la saupoudrer de rock 60′s-70′s, voilà en gros la recette du groupe pour réussir. Simple en apparence, mais bien difficile à réaliser sans avoir à passer pour des apôtres de la mocheté et de l’indigestion. C’est le tour de force réussi depuis quelques temps par ces types décomplexés qui ont réussi à faire du son eighties une empreinte noble dans la musique actuelle. Étonnante de classe même. Et les Mystery Jets possèdent bien d’autres armes à leurs bras: un organe vocal qui swingue férocement dans les virages, un engouement sans faille et une certaine idée du tube parfait, de la mélodie indélébile. Avec autant d’arguments à leur compte, seul un accident surprise pouvait transformer le nouvel opus en un premier accident de parcours. Une hypothèse balayée par une réalité plus réjouissante, à savoir une démonstration de talent supplémentaire à mettre au crédit des anglais.

Si ‘Serotonin’ s’assimile moins rapidement que leur petite bombe de 2008 ‘Twenty One’ – la bande ayant sérieusement haussé le ton dans l’art de la composition et des arrangements – il sait se faire apprécier pour sa richesse et sa diversité. A l’exception d’une sueur rock’n'roll qui coule sur chacun d’entre eux, les titres s’animent tous grâce à des qualités différentes. Le souffle se coupe brutalement quand les Mystery Jets passent d’une étincelle théâtrale à un incendie pop, nourri par la furie de guitares incandescentes et une armée de voix fantômes (« Alice Springs »). Les nostalgiques dévient leur regard du passé en prenant part à leurs road-trip romantiques (« Dreaming Of Another World »), en se lâchant sur les beats de leurs envolées les plus kitsch (« Show Me The Light », « Seronotonin »), en s’exposant au soleil de Eel Pie Island (« Waiting On A Miracle », « Lady Grey »), en chavirant sous les sifflets naïfs et printaniers de leurs énormes tubes (« Flash A Hungry Smile »). Avec comme bonus à ses décharges de bonheur, le timbre groovy incoercible de Blaine Harrison, la pièce maîtresse et irremplaçable de la bande. Comme sur chaque album, il mène ses potes en direction de l’excellence, transperçant les mélodies pour mieux les transcender. D’une simple inspiration géniale, un vieux caillou acquiert la valeur d’un diamant, une vieille mélodie rayée façon celles de The Buggles retrouvent une classe d’enfer le temps de leurs greffer un refrain ronronnant (« The Girl Is Gone »), une ballade mielleuse dégouline moins que la moyenne (« Too Late To Talk »), une ballade bien fichue devient épique (« Melt »), une fusée pop industrielle se mue en étoile filante (« Waiting On A Miracle ») et un essai prog-pop-rock un peu balourd finit par décoller habilement (« Lorna Doone »).

On ne le répète jamais assez, mais jouer avec les années 80 pour des musiciens revient à tripoter des explosifs. Alors, quand cinq banlieusards de Londres manipulent cette période comme des équilibristes de cirque, et que la réussite les attend sagement à la fin de chacun de leurs numéros, le public se doit de se lever et d’applaudir chaleureusement. Ils s’appellent les Mystery Jets et leur dernier show s’intitule ‘Serotonin’.

Sortie: 05/07/2010

Myspace | Itunes

Autres chroniques: Sound Of ViolenceMusicOMHBBC


par Thibault F.