
« Cher Thibault, Petite carte pour te dire que même si les vacances touchent à leur fin, notre nouvel album « Postcard » sortira le 1er mai. Tu peux l’écouter ici [...]. Bien à toi, GODOT et BENJAMIN FINCHER ». Une sollicitation originale et agréable à l’image du mini-album folk qui l’accompagne.
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A l’heure des mails, des communiqués de presse en PDF et du matraquage promotionnel sur le web, le simple fait de recevoir dans sa boîte aux lettres une petite carte postale remplie à la main constitue un geste d’anti-révolution des plus sympathiques. C’est en tout cas l’idée qu’ont eu Jérôme Bodon-Clair (Godot) et Benjamin Fincher pour présenter leur premier travail en coopération: un EP comptant sept titres folk écrits au rythme d’un ruisseau sans remous, dans un lieu isolé de la Loire, à Mollemant. La composition et l’enregistrement de ‘Postcard #1′ a surtout été l’occasion pour les deux artistes d’apprendre à se connaître, en vrai et en musique. Et à se faire plaisir simplement. Ils nous parlent d’ailleurs de « sessions presque familiales », ce que l’opus final et son humeur joyeuse ne peuvent pas démentir. Les quelques pistes bourdonnantes concoctées pour l’occasion sentent bon les congés et la somnolence, les siestes dans l’herbe fraîche avec les yeux rivés vers les nuages et la marguerite pincée aux lèvres. Alors oui, cette petite collecte de chansons ne soutient pas de grandes ambitions. Elle n’est peut-être rien d’autre qu’un souffle chaleureux de plus venu chatouiller des oreilles. Quoi qu’il en soit, cette collaboration reste terriblement attachante et le cocktail sonore bien dosé. Entre folk acoustique classique et symphonies de musique de film, la carte postale a de la gueule.
Même perdue au milieu des Rhônes-Alpes, l’inspiration de Godot et Benjamin Fincher a au moins vu sept fois le soleil. Comme quoi il n’est pas forcément nécessaire de s’échapper dans des studios new-yorkais et californiens pour faire rêver les gens. Les deux interludes rigolotes venues pour confirmer l’aspect conceptuel du disque mises de côté (« Radio Mollemant part.1″, « Radio Mollemant part.2« ), on peut commencer la dégustation de leurs songeuses expérimentations folk, bordées de jeux de lumière et de bruitages étonnants. Un accord de guitare fuyant en pleine nuit vers l’horizon, un duo de voix étouffées parti pour le rattraper, des étincelles dans le noir, le soleil qui se lève et la vie qui reprend son cours (« Postcard« ). Voilà à quoi peut ressembler leurs voyages imaginaires. Sans déchets, sans surplus inutiles, mais pourvus de progressions mélodiques intelligentes. L’opus peut paraître anecdotique écouté en fond, mais écouté au casque ou avec un peu d’attention, il fourmille de belles idées et de détails. Ce qui commence comme une jolie ballade de soir d’été peut aussi bien se terminer en un feu de camp folk jovial (« Thorvaldsen’s Eyes ») qu’en une errance un brin angoissante sous les étoiles, au creux d’un bois (« Twilight »). D’une chanson à l’autre, l’atmosphère change au gré des arrangements, lumineux par instants, ombragés plus tard. Mais les compositions tombent rarement dans des qualificatifs aussi simples que la joie et la mélancolie. Les deux artistes préfèrent jouer sur d’autres nuances, donnant à leurs mélodies la forme de labyrinthes insolvables (« Traena ») ou d’enquêtes fumeuses dans les sous-sols d’une ville poudrière (« City Lights »).
Trop court. C’est peut-être le seul défaut de cet étonnant carnet de vacances musical. Aussi léger soit-il, ‘Postcard #1′ demeure une réussite, un joli album débordant de vie où chaque idée se transforme en un bruit. Il ne reste désormais plus qu’à patienter avant de retrouver une nouvelle carte postale dans la boîte aux lettres et profiter d’une nouvelle expérience de ce genre.
Sortie: 01/05/2010
Autres chroniques: à venir.
1 commentaire
[...] Godot, Postcard, Quenelle Culturelle Nouvelle critique donc de Postcard #01 et c’est La Quenelle Culturelle qui s’y jette [...]
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