
Parfois dans un état à la limite de la léthargie, ‘The Devil And I’ de Paul Marshall – devenu Lone Wolf pour l’occasion – oscille gracieusement entre folk épique et romantisme nébuleux. Un premier opus délicat aux arrangements au moins aussi ambitieux que le port de moustache de son géniteur.
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Paul Marshall aime les chansons nobles. Voir précieuses. Comme peuvent l’être certaines antiquités ou des vieux bouquins. Il ne faut qu’une poignée de secondes pour comprendre que ‘The Devil And I’ sera un disque fragile, sensible et à l’hygiène irréprochable. Pas de débordement, pas d’excès, pas de fausse note, pas d’excitation inutile. Pas même une fleur fanée dans le décor ou un grain de poussière égaré. Les compositions doivent se soumettre à un degré d’exigence particulièrement élevé, à un soucis permanent et presque maladif d’atteindre la perfection. Pour plusieurs minutes de très haute volée, souvent, pour quelques instants creux moins oniriques, aussi. La rigueur et l’envie de bien faire de Lone Wolf sont à la fois les plus belles armes dont il dispose et les pires obstacles de ses mélodies, qui folâtrent dangereusement avec l’ennui depuis leurs sommets de beauté. Heureusement pour lui, la bulle neurasthénique dans laquelle il évolue ne subit pas la discipline de la pleurniche que Chris Garneau et d’autres adoptent un peu trop facilement. Jets lacrymaux retenus, boîtes de kleenex rangées, en route pour une leçon d’élégance et d’absolue finesse. Dans ce secteur, l’artiste possède plusieurs longueurs d’avance sur bon nombre de ses collègues du folk. Bien qu’on puisse lui reprocher éternellement de poncer et vernir le moindre accord, il n’oublie jamais que la musique a besoin d’émotions et de chaleur pour survivre au temps.
C’est d’ailleurs la force majeure de son opus. Conserver des zones de vie dans un milieu complètement sujet à la loi de l’aseptisation. Une réussite directement liée à l’autorité naturelle de son timbre de voix, juste, qui alterne sans difficulté entre tons graves et aigus. En grand romantique – et ce malgré sa moustache en U inversé – Lone Wolf propage ses sorts de charme sur chacune de ses mélodies. Des pistes folk bien loin de la réalité des mortels, qui préfèrent s’élever vers les cieux pour conter aux dieux des épopées mythiques, constituées d’immenses armées progressant vers la gloire et des horizons à la lueur pacifique (« The Devil And I (Part 2) », « Soldiers »), de batailles épiques entre héros légendaires (« Keep Your Eyes On The Road ») rythmées par le son frénétique des trompettes (« This Is War »). L’artiste privilégie de loin la tristesse à la gaieté, l’ombre à la lumière. Dans son travail, tout du moins, avec ses ballades champêtres aux décors fabuleux, nourries de regrets éternels (« 15 Letters ») et de désirs sacrificiels (« Buried Beneath The Tiles », « We Could Use Your Blood »). Piano à l’agonie et cuivres apocalyptiques (« The Devil And I (Part 1) »), guitares en déliquescence, presque à l’état de décrépitude, lignes de chant flottant dans l’air comme des âmes en peine (« Dead River »), voilà les éléments artistiques que Marshall n’échangerait pour rien au monde contre quelques heures de bonheur. Ou alors quelques minutes tout au plus, juste pour démontrer qu’un peu de joie et d’espoir n’affecte en rien son talent de songwriter.
Immense de précision, pourvu d’une beauté funèbre peu commune, ‘The Devil And I’ demeure l’une des œuvres folk indispensables de l’année. Seul mauvais point à mettre sur le dos de Lone Wolf, le léger manque de coffre de la tracklist dans son ensemble, pourtant phénoménale dès lors que le bonhomme décide de lui mettre le feu aux fesses.
Sortie: 17/05/2010
Autres chroniques: Les Inrocks – Esprits Critiques – MusicOMH
2 commentaires
(Changement de notation par la même occasion?
)
La même, des chiffres à la place des étoiles. Histoire de
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