Icône dream-pop incontournable depuis une décennie, la bande de Toronto offre enfin un successeur à son dernier chef d’œuvre ‘In Our Bedroom After The War’. Un retour dans l’espace petit bras pour nos maîtres des lieux préférés, moins inspirés et faciles que par le passé.

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Mettons d’emblée les choses au clair pour tous ceux qui aiment la pop étoilée, ses voix rêveuses et ses claviers en orbite, et qui découvrent les Stars dans cette chronique. Quoi qu’il puisse être dit, ils sont et restent LA référence du genre depuis le début des années 2000. Pour une raison très simple: l’apport d’une identité très forte à la dream-pop, si forte que la concurrence actuelle – de Beach House jusqu’à The XX – ne possède pas la moindre chance de mettre les canadiens aux oubliettes. Pour le moment en tout cas. En clair, un opus moyen des Stars comme ‘The Five Ghosts’ reste quand même un objet à conseiller sans risque à un amateur de musique pop. Maintenant, lorsque l’on s’est habitué pendant des années à voir une discographie ne s’élargir qu’avec des pièces maîtresses, le moindre couac surprend toujours. Et désappointe, évidemment. Comment sont-ils passés du sensationnel à l’agréable, comment sont-ils arrivés à cette réalisation parfois auto-parodique? Par une forme de lassitude peut-être, par une incapacité passagère et peut-être volontaire à renouer avec leurs anciennes symphonies de bravoure, sans doute. Plusieurs titres de l’album traduisent une volonté d’évoluer de la part du groupe, sans pour autant renier tout un passé ou changer de galaxie sonore. Chercher à se grandir alors que l’on touche déjà là a perfection, c’est prendre le risque de se cogner la tête au plafond et de se faire mal.

Et sur leur – déjà – cinquième opus, les Stars finissent avec quelques belles bosses sur la tête. A force de se compliquer la tâche vainement, à force d’amplifier les influences eighties dans le travail de production et de pimenter à outrance la recette de leur succès. La décision de changer la donne part pourtant d’un bon sentiment. Ne pas endormir son public dans la routine, et ne pas se reposer par la même occasion, en tant qu’artistes, sur ses lauriers. Bien dommage que l’effort ne soit pas toujours récompensé. Leurs compositions perdent leur fluidité ancestrale sous une inondation d’effets électroniques has-been et de beats irritants (« We Don’t Want Your Body », « The Passenger »). Ensorceleuse inimitable, Amy Millan perd elle aussi en classe et en prestige lorsqu’elle surfe contre-nature sur les délires putassiers de ses collègues (« How Much More »). Puis quand elle se limite à des chœurs gnian-gnian aux côtés d’un Torquil Campbell sans grande conviction lorsqu’il tient le premier rôle (« The Last Song Ever Written »). Par bonheur, ‘The Five Ghosts’ s’inspire encore beaucoup de ses grands frères. On retrouve non sans plaisir les réflexes types des canadiens, les fusées féériques bourrées d’enthousiasme et de paillettes (« Wasted Daylight », « Fixed », « I Died So I Could Haunt You »), les duos romantiques propulsés dans l’espace  par des geysers synthétiques (« Dead Hearts »), ainsi qu’une triplette de lents tempos interstellaires – qui sans atteindre l’immense « Personal » du précédent opus – demeurent simplement fantastiques. A l’exercice de la ballade mélancolique, les Stars jouissent toujours d’un savoir-faire inimitable, et de ce côté au moins, la tendance n’est pas prête de s’inverser.

Les étoiles de Toronto déçoivent pour ne pas avoir su accrocher ‘The Five Ghosts’ au wagon de leurs très grands disques. Pour ne pas dire immenses de temps à autres (‘Set Yourself On Fire’, ‘In Our Bedroom After The War’). Délicieux dans sa large moitié, fade et trop surfait sur le reste, ‘The Five Ghosts’ boucle correctement les dix ans de carrière du quintet canadien, en espérant que la deuxième décennie apporte de nouvelles richesses.

Sortie: 22/06/2010

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par Thibault F.