Une signature chez l’immense maison Sub Pop (Vetiver, Foals, Iron & Wine, Avi Buffalo, Blitzen Trapper, …), ça se mérite. Mais quand quatre déménageurs de la pop bien costauds se pointent devant la baraque, le verrou tombe de suite plus facilement et la porte s’ouvre grand.

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Ho puis après tout, le quatuor qui débarque du Wisconsin ne sera qu’une révélation de plus à mettre au crédit de ce fabuleux label, vendeur ambulant d’artistes de luxe depuis des lustres. Sûrement ouais. Cette fois, ils ne s’appellent ni les Fleet Foxes, ni les Foals, mais les Jaill. Un combo américain au caractère bien trempé avec du culot plein les chaussettes. En sortie de chaîne, une musique pleine d’audace et des riffs catchy spécialement conçus pour que les jolies filles huilées en bikini travaillent leurs déhanchés durant l’été. Des morceaux pop radieux et dévergondés recouverts par un nuage de lait psychédélique, le tout joué par des types en sandales et en maillots de bain dans un vieil entrepôt pourri. Disons que c’est un genre. Leur album propose un profil hybride à la sphère pop actuelle, avec des chansons qui mêlent puissance et voltiges aériennes, insouciance et instrumentations maîtrisées. Comme si les Shins de James Mercer et leur pop lissée avaient fait équipe avec les fous-furieux brouillons des Black Lips de Cole Alexander, le temps de composer quelques tubes. Imaginez un peu le bazar du truc. Mais la musique ne dépendant d’aucune science exacte, il arrive que des mélanges en théorie impossibles aboutissent à des cas artistiques plutôt cohérents. Et ‘That’s How We Burn’, malgré ses pistes débraillées, branlantes et pas bien plus consistantes que de la crème chantilly, le démontre avec panache.

A peine le temps d’appuyer sur le bouton play de Winamp qu’ils la jouent Kick’n'Rush sous un orage, avec guitares coléreuses, chant impérieux et grosse caisse en guise de rouleau compresseur au programme (« The Stroller »). Niveau originalité, c’est pas Here We Go Magic, mais niveau hit de l’année 2010, c’est le podium et la médaille suprême d’ores et déjà assurée. Et puis un tube de cette intensité, ça pose un bonhomme comme on dit. En l’occurrence ici, quatre. Quatre types qui ont décidé de mettre les points sur les i en introduction avant d’entamer une aventure pop qui s’intéresse davantage aux raquettes de plage, aux nanas bronzées et à la pêche aux crabes. Jeans troués et blousons en cuir rangés au placard, place à des tenues légères, à des mélodies plus ensoleillées et plus festives. Les Jaill ne tissent pas leurs toiles estivales dans la soie et préfèrent aux gourmandises pop de certains un son un peu plus pouilleux, plus garage-rock. Histoire de passer pour de jeunes branleurs surdoués et agaçants. Les playlist universitaires seraient sûrement ravies de pouvoir passer en boucle leurs compositions, même les moins étoffées (« Summer Mess », « She’s My Baby »). Si la fougue juvénile du groupe pourra en agacer certains, leur talent s’exprime toujours avec une certaine évidence. Dans le tas de chansons solaires étendues sur le sable chaud (« Everyone’s Hip », « Demon », « That’s How We Burn »), on retiendra surtout les quelques envolées électriques surplombées d’harmonies vocales paradisiaques (« Snake Shakes », « Thank Us Later », « On The Beat »), les filtres rétro posés ici et là sur les guitares (« Baby I ») et les courses rock’n'roll où tous les coups sont permis (« How’s The Grave »).

Si loin du chef d’œuvre et pourtant si marquant. Entre ses mélodies typées nineties et son ouverture mémorable, ‘That’s How We Born’ sait comment emballer la foule sans forcer. Fait sur mesure pour la saison estivale, on lui pardonne aisément son manque de constance et ses titres les plus anecdotiques.

Sortie: 27/07/2010

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par Thibault F.