
Six ans après le fracassant ‘Funeral’ qui les aura propulsé roi du rock indépendant dès la sortie de leur premier album, Arcade Fire ajoute cet été avec ‘The Suburbs’ une troisième perle à leur collier. Moins sombre et rageur, plus posé et synthétique que par le passé, cette nouvelle galette confirme le talent des canadiens tout autant que leur envie d’aller de l’avant.
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A peine plus d’un mois après leur compatriote Stars, Arcade Fire revient donc sur le devant de la scène avec un nouvel album, ‘The Suburbs’, forcément très attendu depuis l’incroyable succès critique qui les poursuit depuis leurs débuts et la très enviable réputation que leur univers musical suscite. « Sauveurs du rock » pour les uns, « Most intriguing Rock Band » pour les autres, les qualificatifs n’ont jamais manqué dans la presse musicale internationale depuis 2004 quand les douceurs déflagratrices qui égrainaient leur premier album sont venues caresser nos oreilles averties. L’héritage n’était donc pas simple à assumer mais ne semble pas pour autant avoir impressionné la bande de Win Butler et Régine Chassagne. Bien décidés à ne pas se reposer sur leurs lauriers, The Suburbs affiche même quelques prétentions prometteuses bien défendues par Butler lui-même, le jugeant ainsi « plus ouvert et moins rempli de certitudes », « plus universel et moins caricatural que [leurs] deux premiers disques ». Ces derniers n’ayant pourtant pas particulièrement brillé par leur obscurantisme mais au contraire par leur capacité à emmener avec eux (à raison) un très large auditoire dans leurs envolées soniques, on pouvait légitimement se demander ce qu’Arcade Fire pouvait couver. Le résultat a effectivement de quoi charmer, même si on trouvera toujours matière à en discuter.
Moins grandiloquent et plus posé que ces dernières années, les canadiens semblent avoir gagné en sérénité ce qu’ils ont perdu en envolées rageuses. Si Funeral marquait les heures sombres que le groupe traversait à l’époque, cette nouvelle mouture, sans pour autant être une grosse partie de rigolade, est à l’image du premier titre éponyme, plus reposé et plus léger. Les cordes se font plus discrètes, la voie de Régine un peu moins présente et l’apparition de quelques synthés très 80s, dans l’air du temps, (‘Ready to start’, ‘We Used to Wait’, ‘Sprawl II’) marquent également cette volonté de bousculer leurs acquis, d’avancer et d’éviter le stéréotype, la facilité ou le confort trop vite acquis. Moins immédiats mais plus complexes que par le passé, des titres comme ‘The Suburbs’ (avec son piano sautillant, et son refrain vite entêtant), ‘Modern Man’ (et ses airs tout en fulgurance contenue), ‘Wasted Hours’ et ‘Sprawl I’ (magnifiques balades anodines en apparence mais qui, bien aidées par des cordes toujours justes, finissent par faire mouche) gagnent ainsi terriblement en épaisseur après plusieurs écoutes. Le groupe ne renie pour autant pas ce qui a fait son succès et rappelle combien rare est la concurrence capable de les égaler lorsqu’il s’agit de composer des hymnes rock tout à la fois puissants et magiques, nerveux et mélodieux, et marqués par ces envolées superbes qui vous transportent à chaque écoute (‘Empty Room’, ‘Suburban War’, ‘Month of May’). Mention toute spéciale pour le fantastique ‘Deep Blue’, ode grandiose et toute en puissance contenue, d’une efficacité ravageuse avec ses ponts musicaux juste magnifiques et ce riff aérien sur lequel le chanteur pose avec pudeur quelques paroles élégamment plaintives, à écouter sans modération ! ‘Rococo’, sur lequel le groupe semble s’appuyer pour la promotion de l’album, mérite enfin lui aussi quelques honneurs pour son ambiance pesante et crasseuse assez jouissive qui devrait valoir le détour en live !
A l’heure de faire les comptes, ce ‘The Suburbs’ semble donc tout avoir pour emporter l’adhésion des plus nombreux et des plus exigeants tout à la fois, encore faut-il donner à cet album la chance d’être bien écouté et pas juste vaguement entendu. L’inhabituelle presque-vingtaine de titres laisse forcément quelques traces et, parmi elles, certains titres moins inspirés (‘City with no Children’, les ‘Half Light I et II’, ‘The Suburbs (continued)’), et parfois même dispensables lorsque les synthés mis trop en avant frisent le ‘Eurythmics-revival’ de mauvais gout (‘We Used to Wait, Sprawl II). L’impression globale n’en demeure pas moins excellente et enthousiasmante, ce qui n’est pas une maigre performance au regard du degré d’exigence particulièrement élevé auquel Arcade Fire nous a habitué depuis le début de leur courte carrière et des attentes qu’il suscite désormais. La légende continue !
Sortie: 03/08/2010
Myspace | Itunes
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10 commentaires
Un peu light la notation pour un groupe que tout le monde attend au tournant et qui surprend encore par leur univers musical. J’adhère encore totalement à cet album qui tournera bien longtemps sur ma platine.
mais quelle émotion il y a dans cet album!
à la première écoute, on y croit à peine, c’est presque trop tellement il vous retourne.
je trouve que les Arcade Fire ont fait un énorme chemin depuis Neon Bible, qui n’était à mon avis pas aussi puissant que Funeral.
serait ce l’album de la maturité? ce qui est sûr, c’est que l’on ne ressort de cette exprérience musicale indemne.
@Mr M: L’exercice de la notation est toujours un peu casse-gueule, et certainement encore plus subjectif qu’une chronique. Dans la mesure où la note parfaite (10) est un peu prétentieuse à mon gout et où j’ai parfois trouvé l’album un tout petit inégal (notamment les titres sonnant 80s), je trouvais qu’un 8 n’avait rien d’insultant et reflétait assez bien l’idée que je m’en faisais… J’aurais pu mettre un 8,5 si tu préfères, mais là, on s’en sort plus…
@Lucinda: Complètement d’accord avec toi. J’avoue que Neon Bible avait (à mes yeux) assez cruellement souffert de la comparaison avec son ainé de l’époque et ce ‘The Suburbs’ me fait l’impression d’un redémarrage assez jouissif. J’avais aussi pensé à la vieille rengaine de l’album de la maturité, mais je trouvais la formule déplacée quand on voit déjà le degré d’exigence qu’AF s’impose à lui-même depuis ses débuts. Difficile de parler « maturité », mais dans l’idée, y’a peut-être un peu de ça…
Tu réponds à tes premiers commentaires Antoine. C’est touchant.
comment ça « City with no Children’moins inspiré, oulalala, ce titre est grandiose. d’accord pour les Half Light I et II mais pas City with no Children’ non
Avec un peu de retard vacances oblige. Je suis tout à fait d’accord avec ta critique Thibaut. Ce qui est assez rare pour être souligné. Vraiment un excellent album.
Rococo est définitivement je trouve une pure tuerie.
C’est Antoine qui l’a écrite celle-là, pas moi. Arcade Fire est un groupe sur lequel je ne me suis jamais encore penché, bizarrement. J’ai écouté rapidos celui-ci en fond. Pas de quoi pouvoir en faire une analyse !
Ah merde moi qui t’imaginais avoir enfin de vrais gouts
!
Bon bah Anthony je suis tout à fait d’accord avec toi.
ça y est, j’ai enfin le Vynil il est arrivée !
Et je dois dire que le tout est complètement fou. Je sais pas si on peut dire que c’est leur meilleur album, moi je trouve qu’il reste sur la lignée de tout le travail qu’ils ont déjà accompli. Un peu comme une nouvelle pierre à un édifice bien grand.
Ya pas une seule musique qui me gave, ou que j’ai envie de zapper.
Dans cet album, ya que des envolés musicales. Une espèce de béatitude qu’on retrouve pas dans neon Bible certes, mais qui étaient déjà présente dans Funeral.
Puis faut arrêter de dire que neon bible est moins bien que Funeral, c’est juste une autre démarche, une autre ambiance, un cadre différend, et j’pense qu’ils avaient besoin de ça pour continuer à nous pondre des merveilles comme cet album.
« My body is a cage » est remarquablement bouleversante quand même comme musique.
Pour la note, pareil, j’trouve que c’est pas fou quand même. Surtout pour un groupe comme Arcade Fire. j’aurai mit 9 au moins !
Je suis d’accord avec toi, une chronique (si elle est objective) reflète bien plus la qualité d’un album qu’une note du style Pitchfork. A ma charge, j’avoue ne pas être tout à fait partial quand je parle d’Arcade Fire car à mon avis, ils surclassent vraiment leurs confrères et de loin. voilà pourquoi ta note bien que honorable me parait légère pour parler de l’album de l’année.
ps: dès qu’on met un peu de synthé dans un album on est tout de suite catalogué 80′s, c’est un peu réducteur pour parler des 80′s.
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