A 34 ans à peine, Josh Ritter vient de terminer son ascension vers les sommets du folk-rock. Alors que l’on cherche encore les héritiers de songwriters ancestraux, c’est le guide de la génération des années 2000 qui fait finalement son apparition.

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Il ne porte ni les wayfarer de Bob Dylan, ni le costume noir de Johnny Cash. Afin de diriger l’entreprise 2010 du folk-rock, Josh Ritter souhaite se trouver un costume de patron tout neuf. Encore sous cellophane. Pour présenter à ses collègues son sixième album studio et son premier chef d’œuvre. ‘So Runs The World Away’ symbolise la récompense d’un artiste au potentiel gigantesque, mais qui a eu besoin de onze années de travail pour finalement arriver à maturité. Depuis son album éponyme jusqu’à ‘The Historical Conquests of Josh Ritter’, le bougre a subi les comparaisons les plus communes, les plus flatteuses (Bob Dylan, Leonard Cohen, Bruce Springsteen, voir les Velvet Underground). A faire tourner la tête à plusieurs observateurs amoureux de la musique folk & rock, à leur faire croire qu’il avait déjà atteint le maximum de ses possibilités. Jusqu’à présent, le natif de Moscow collectionnait des louanges destinées à ses précédents disques, tous bourrés de qualité à défaut d’être incontournables. Aujourd’hui qu’il dépasse complètement ses précédents travaux, quels genres de compliments peut-on encore lui retourner pour lui faire prendre conscience de son évolution et de l’admiration qu’on lui porte? Le mot génie s’utilise sans précaution et sans modération, mais c’est encore celui qui résume le mieux le Josh Ritter de l’année 2010, plus que jamais décidé à inscrire son nom sur tous les visages de la musique folk.

Un truc est clair, ‘So Runs The World Away’ ne ressemble à aucune autre production théoriquement du même genre. Ou alors à toutes. Les pistes possèdent des identités si fortes et différentes qu’on jurerait entendre une compilation best-of sans avoir à affronter une forme d’incohérence. Ritter gravite plusieurs fois autour de son registre musical mais ses compositions ne tournent, elles, jamais en rond. Le musicien nous entraîne dans une traversée artistique à plaisirs renouvelés, un voyage pendant lequel son écriture swingue rageusement sur les charbons ardents du rock’n'roll (« The Remnant », « Rattling Locks »), emprunte les couloirs maudits d’un château à princesse (« The Curse »), puis danse avec candeur au creux de mini-tubes folk modestes tout juste égayés par les lumières des lucioles (« Lark », « Long Shadows »). Une mise en bouche prometteuse avant de le voir s’attaquer aux grands espaces (« Curtains »). Qu’il s’enfonce dans les terres mystiques de Miles Benjamin Anthony Robinson (« Folk Bloodbath »), s’échappe en mer sous un soleil de plomb (« Southern Pacifica ») ou qu’il scrute en solitaire les étoiles depuis une plaine déserte (« See How Man Was Made », « Another New World »), l’américain garde toujours en tête l’idée de livrer un album sur tous les points inusable. Porté par des mélodies à la fois effervescentes et parfaitement lisibles (« Orbital »), soufflé par un mistral d’émotions (« Change Of Time ») et bordé par des refrains que même Alzheimer ne parviendrait pas à effacer (« Lantern »), son dernier bébé détient trop d’arguments pour ne pas devenir un disque majeur des années 2000.

Il faut parfois savoir être patient avec certains artistes. Après plusieurs années de travail et de très bonnes chansons, plusieurs années à nourrir les espoirs de ses fans et de tous ceux qui l’ont suivi de près ou de loin, Josh Ritter offre enfin le disque à la hauteur de son talent. Soigné jusqu’à l’os, varié et énergique à souhait, ‘So Runs The World Away’ est fait sur mesure pour tout amateur de folk-rock. Un must.

Sortie: 04/05/2010

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par Thibault F.