Los Angeles, terre fertile en jeunes talents (Lemon Sun, Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, …) accueille sur son sol une nouvelle promesse avec les ovnis folk ‘Eagle Winged Palace’, qui roucoulent religieusement dans leur univers champêtre et spirituel.

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Ils peuvent être tranquilles, la concurrence n’est pas prête de pointer le bout de son nez. Des groupes de folk aussi classiques et passéistes que les Eagle Winged Palace, qui ne jurent que par des lignes de chant fantômes et des mélodies riches en accords naturels, on en compte plus beaucoup dans les rangs en 2010. Un peu comme les pandas, qu’on observe avec d’autant plus d’émerveillement aujourd’hui qu’on les sait peu nombreux, la musique gothiquo-ancestrale des californiens interpelle et ne laisse pas insensibles nos oreilles. Leur premier album ‘Where We’re Coming From’ s’extirpe des forces telluriques, voyage vers des horizons mystiques et fabrique dans une grâce ensorcelante ses propres légendes. La forme quasi médiévale de leur folk et l’intensité lyrique qu’ils déploient – qui n’évoquent en rien les chansons festives des Blackmore’s Night, dieu soit béni – pourraient les faire passer aux yeux de certains pour des artistes un brin illuminés, voir carrément rétrogrades. Écouter les compositions angéliques des Eagle Winged Palace, c’est un peu comme prendre un bain de vapeur en pleine forêt, bercé dans les bras d’Orphée par le luxe harmonique de leurs guitares douze cordes et leurs murmures féminins. La bande se situe en fait à l’exact opposé des bandes surfaites de freak-folk actuelles (Animal Collective, Grizzly Bear) qui dénaturent – ou révolutionnent, au choix – le genre à l’aide d’artifices technologiques.

Chez Eric ‘Cashew’ Harding et ses amis, place aux gazouillis d’oiseaux, aux baignades fraîches dans les lacs et à l’émotion brute. L’opus compte dix compositions du même acabit, impalpables, éthérées et qui s’apparentent à des contes fantasmagoriques. Sans être expérimental à proprement parlé, ‘Where We’re Coming From’ n’en est pas moins un objet pas toujours accessible. Son onirisme exacerbé rebute ou enchante en une poignée de secondes, même si une ou deux pistes folk, pour leur refrain héroïque (« Where’re We’re Coming From »), leur groove acoustique et leurs dandinements vocaux (« Movin’ On To Avalon »), fédèrent les clans brillamment. Il faut parvenir à se fondre dans l’atmosphère bizarroïde des différentes chansons pour réussir à décoller vers les cieux en synchronisation avec le groupe (« Timber », « Spiral », « In Another Life »). Leurs prières apaisantes désinfectent les âmes (« Skeleton Crew »), leurs hymnes fanatiques résonnent dans le creux des arbres morts (« Brethren I », « Brethren II ») et leurs ballades aux mélodies hybrides, entre folk classique et couches sonores pastorales, diffusent une savoureuse mélancolie sauvage (« Just Like An Old Time Legend Dyin’ »), parfois réchauffée par les premiers rayons de soleil matinaux, qui traversent les feuillages de la forêt (« Breaking Down The Wilderness »).

Intriguant, original, à la fois très beau et crispant, ‘Where We’re Coming From’ demande à chacun un effort d’adaptation. Pour lancer pour de bon leur étonnante carrière, les Eagle Winged Palace prennent des risques, offrant la possibilité à tous ceux qui saturent en musique surproduite et en électronique OGM d’effectuer un authentique retour aux sources. Sur un tapis d’herbe fraîche, à contempler les merveilles de la nature.

Sortie: 22/06/2010

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par Thibault F.