
Autre valeur montante du folk actuel aux côtés des Fleet Foxes, les Blitzen Trapper ont quelque peu laissé tomber le psychédélisme étoilé et original de leurs deux derniers opus pour réaliser ‘Destroyer The Void’. En comptant une fois de plus sur son petit génie Eric Earley, qui a lui conservé ses qualités hors-norme de compositeur.
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Sept ans de carrière et le quintet de Portland n’a toujours pas trouvé le moyen de se casser la gueule. Créateurs d’un folk multicolore et décomplexé, attirés par les sonorités des années 60-70, les américains marchent dans l’ombre géante de Dylan en trimballant dans leurs valises une montagne d’inspirations country, pop et rock. Un pèlerinage vers la légende toujours d’actualité sur leur cinquième album, bien que la nouvelle route empruntée réserve quelques surprises. Il y a deux ans, Eric Earley et sa troupe sortaient avec ‘Furr’ une collection de ballades folk et pistes folk-rock spontanées, un peu barrées, juste saupoudrées de bruitages cosmiques. Un des meilleurs crus de l’année 2008, dont le single éponyme – « Furr », peut-être le plus beau hit folk du XXIème siècle – traduisait à lui seul le talent et le fantaisie du groupe. Depuis juin et ‘Destroyer Of The Void’, les Blitzen Trapper fouillent davantage leur univers musical et bâtissent de nouvelles compositions moins monolithiques, quitte à sacrifier un peu de leur charme. Restés classiques dans leurs échappées acoustiques, leurs gourmandises hallucinogènes ont été remplacées par des mélodies touffues et osées. Une prise de risque qui n’aboutit pas toujours à l’efficacité recherchée, la faute à un groupe qui ne souhaite pas faire le tri dans ses désirs et qui cumule les casquettes en délaissant l’émotion. Un prix qu’ils payent pour se diversifier.
Le constat ne se répète toutefois que par intermittence, lorsque les signataires du label Sub Pop organisent leurs longues cavalcades. Direction le rock fleuri à tendance progressive des seventies. Leur chevauchée turbulente, formée de plusieurs segments mélodiques aux arrangements et orientations totalement différentes, coulée sous des chœurs bariolés lorgnant plus du côté de Queen que des Beatles (« Destroyer Of The Void »), constituent jusqu’à aujourd’hui l’une de leurs dérives les plus étonnantes. De même que leurs fréquentations bizarroïdes avec les guitares rapeuses et les claviers vintage des Uriah Heep (« Love And Hate »), ou leurs accointances récentes pour le folk aux harmonies contemplatives (« Below The Hurricane ») et la pop expérimentale (« Lover Leave Me Drowning »). Seule leur dernière déviation, dont le refrain rejoint glorieusement la mélancolie du dernier Dr Dog, finira par être convaincante (« Sadie »). La suite est plus connue et ressemble bien souvent à une version alternative de morceaux tirés de leur effort précédent. Du folk-rock instinctif (« Dragon’s Song ») rythmé par des riffs excentriques sortant de nulle part (« Laughing Lover ») et des rêveries hippie-bluesy à jouer sous l’abri d’une vieille caravane (« Evening Star »), accompagnées par une poignée de ballades – comme d’habitude – sensationnelles. Un duo tendre avec Alela Diane, reflet idéal des performances révolues de Dylan & Baez (« The Tree »), un « Not Your Lover » version chaos (« Heaven And Earth »), une flânerie bucolique façon « Lady In The Water » (« The Man Who Would Speak True ») et une fugue folk féérique (« The Tailor »).
La recette a beau comporter de nouveaux ingrédients, les qualités de la bande ne bronchent pas d’un poil. On aurait simplement aimé que les Blitzen Trapper n’entachent pas ce très bel album de quelques expériences pas toujours du meilleur goût. Enfin, rien d’assez significatif pour se priver du savoir-faire saisissant de ce futur géant du folk américain qui compte en son sein – et on ne le répétera jamais assez – un artiste d’exception en la personne de Eric Earley.
Sortie: 08/06/2010

2 commentaires
En écoutant cet album de Blitzen Trapper, je me disais qu’ils étaient un peu des Menomena sans grâce. Toutes les recettes sont là mais, allez savoir pourquoi, le résultat me semble un peu pataud. Ceci dit, malgré tout, c’est de l’indie de haut niveau…
Un album résolument un peu plus « sombre » et expérimental que le précédent. Comme si on pouvait réellement en douter au vu du titre de l’album et de sa pochette. C’est un album assez déroutant pour le groupe.
Moins -folk (au sens extrême du terme évidemment que ce n’est pas le dernier album de Drake dont on parle ici)- bon que le premier mais finalement déjà d’un bon niveau.
Déroutant.
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