
Entouré par les musiciens de ses dernières tournées, les Pariah Dogs, le mélancolique et charmeur Ray Lamontagne mélange folk et sonorités blues dans une quatrième réalisation à nouveau sublimée par son timbre volcanique. Un classique de plus à mettre sur son étagère.
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C’est notre sosie de Jésus préféré. On le connaît par cœur, lui, sa barbe, sa timidité, sa voix de braise et son habitude de sortir un album tous les deux ans, depuis ses grands débuts sur ‘Trouble’. Les années passent et rien ne change. Presque rien, hormis sa volonté récente de ne plus se considérer comme un artiste solitaire et de mettre les mains dans le cambouis en produisant soi-même ‘God Willin’ & The Creek Don’t Rise’. Deux décisions à priori mineures qui prennent de l’importance à mesure que les pistes s’écoulent. Au delà de son ultra-sensibilité, Ray Lamontagne semble se rassurer grâce à la présence des Pariah Dogs. Valorisé et mis à l’aise par des compositions qui lui ressemblent de plus en plus, il fait preuve d’un enthousiasme nouveau – beaucoup plus naturel que celui qui était le sien sur ‘Gossip In The Grain’. Retour vers le passé pour le bonhomme, exode urbain, le folk des villes redevient folk des champs, rendez-nous les guitares bluesy des couchers de soleils, les bayous de Louisiane, les solos d’harmonica, le désert et les chevauchées à chevaux. Sans représenter une révolution dans sa musique, les mélodies se voulant toujours faciles à assimiler et entraînantes, son changement de direction ajoute une touche d’authenticité à son travail. On préfère entendre son chant résonner derrière le ranch de John Fogerty que dans les bars plus chics de New-York, bien que dans les deux cas, l’âme de ses morceaux demeure intacte.
Icône incontournable du folk ou non, rien n’interdit un joli faux-pas. Sommet d’émotion zéro et pâle copie des tempos ardents des Blues Brothers, l’ouverture blues-rock longuette et primitive de ‘God Willin’ & The Creek Don’t Rise’ oblige Ray Lamontagne à forcer inutilement sur sa voix (« Repo Man »). Le tour des déceptions terminé, place aux neufs perles attachées au collier du songwriter, neuf vadrouilles en compagnie d’humeurs différentes. L’orientation vintage de ce nouvel album ne l’empêche pas de glisser quelques clins d’œil à ses anciens travaux. Ainsi, vous retrouverez ses lamentations minimalistes, isolées au clair de lune (« Are We Really Through », « Like Rock And Roll Radio ») et son swing vocal inimitable, qui aurait dévasté de grâce n’importe quel cabaret des années 30 (« The Love Is Over »). Puis vient le temps des nouveautés ou des semi-nouveautés, les longs road-trips country-folk sur les chemins en haute altitude balisés par Eddie Vedder et la bande son de ‘Into The Wild‘ (« Old Before Your Time », « Beg Steal Or Borrow »), les explosions blues aux odeurs de barbecue texan (« The Devil’s In The Jukebox »), les voltiges folk au milieu d’aigles en patrouilles (« God Willin’ & The Creek Don’t Rise »), les sucreries pop de saison bordées de quelques riffs catchy (« For The Summer »). Jusqu’à l’épanouissement, total, la dépression des villes bétonnées balayée par les bouffées d’oxygène des villes paysannes reculées (« New-York City’s Killing Me »).
Comme un poisson dans l’eau au creux de ses nouvelles compositions rétro, Ray Lamontagne et son chant cotonneux rafraîchit pour de bon sa discographie. Loin devant Damien Rice ou Joe Purdy, il défend le folk grand-public sans avoir besoin de se travestir dans des mélodies mainstream bas de gamme. Malgré des qualités vocales d’exception qui le lui permettraient.
Sortie: 17/08/2010
2 commentaires
L’unique morceau en écoute tourne depuis des jours chez moi.
J’ai l’impression de revenir aux sources de Lamontagne quand je l’écoute. Pour moi, son meilleur album reste « Till the sun turns black ». Il m’avait vraiment bouleversé. J’ai bien moins accroché aux suivant.
Et avec ce morceau, c’est reparti pour des heures d’écoutes intensives.
Et à lire ta chronique, ça semble tout aussi bon pour le reste.
album magnifique, dommage que pas mal de gens soient passés à côté, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !
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