Bien cachées derrière leur charmant sigle June & Lula, Céline et Tressy se sont muées en fées du folk traditionnel américain pour venir à bout de leur premier album ‘Sixteen Times’. Mélodies relax, lignes de chant décalées, ambiances multicolores, bref, tout un programme.

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Étonnantes, ces deux jeunes femmes. Nées en France, résidentes en France, mais dopées aux légendes des années 60 (Joan Baez, Bob Dylan, Johnny Cash, …) durant de nombreuses années, Céline et Tressy ont élaboré leur propre maquette de l’Amérique. Une Amérique plus Nashville que New-York, plus bayous que bars branchés, dans laquelle on part en quête d’un bonheur simple. Objectif n°1 de notre duo féminin: renouer en 2010 avec la chaleur de vieilles compositions folk et country qui limitaient leur ambition à quelques accords basiques sur deux ou trois minutes. Un pari commun mais un pari réussi. Si le voyage rétro vers les Etats-Unis devient chaque jour un peu plus à la mode chez les artistes de notre pays, aucun d’entre eux n’utilise le même moyen de transport pour parvenir à ses fins. Avec June et Lula, tout passe par les voix. Deux timbres plaisants, complémentaires, qui se chevauchent et s’entremêlent de manière à créer des effets inattendus. Preuve qu’il n’en faut parfois pas beaucoup pour bouleverser les conventions et tirer son épingle du jeu, surtout quand on a de son côté la fraîcheur et la candeur. Deux caractéristiques loin d’être anodines, puisque ce ‘Sixteen Times’, qui aurait pu être un énième hommage country-folk réchauffé au micro-ondes ressemble davantage à une résurrection de mélodies en voie d’extinction.

Et le message semble clair. Morceaux réduits au strict minimum, mélodies épurées et aspect technique rangé dans la commode. Ici, seules les émotions et la simplicité comptent. Tout comme avant, quoi. La ligne de conduite adoptée par June et Lula est certes un peu bancale, parfois même entachée d’ennui, mais possède au moins le grand mérite de ne pas appeler la nostalgie au secours. Alors que tout s’y prêtait. La relative banalité des compositions contraste avec le travail de précision réalisé autour des harmonies vocales, et en un sens, June et Lula y gagnent au change. L’album vise vieux, sonne neuf, et c’est déjà pas mal. Si, sauf élégante exception (« Goodbye Suzanne », « The Man With The Cold Skin »), les quelques ballades (« If I Cry », « Sixteen Times », « Feeling You’re Falling », « Berceuse ») ne rendent pas forcément justice à la justesse vocale employée, la partie pique-nique au feu de bois de la tracklist rattrapent largement le temps perdu. Quand les espaces s’élargissent et que le ciel se dégage, les deux françaises changent brusquement de rythme. Et là, c’est plus du tout la même histoire. En furie, elles se chiffonnent sur un blues tenu en laisse (« I’m Not Going ») pour mieux se réconcilier par la suite (« Lonely Guy Blues »), fabriquent leurs hymnes folk sous le soleil (« My Girl ») et sous l’alcool (« Cheers Men ») avant un retour brutal en enfance pour une ou deux parties de cache-cache (« The Clown », « Tender Grass »).

Si rien ne change pour leurs prochains albums, la sobriété du style June & Lula pourrait lasser. En témoigne leurs prestations intimistes très (trop) calibrées. Mais en attendant, mieux vaut se contenter du présent et de l’approche souvent décomplexée et diablotine de la musique folk par ces Everly Brothers en jupe courte.

Sortie: 02/11/2010

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par Thibault F.