Après le nouvel album puis l’EP automnal, la Quenelle Culturelle ne pouvait pas manquer le passage sur scène du Tallest Man on Earth, histoire de boucler la boucle de ce millésime 2010 au cours duquel le jeune suédois sera parvenu à définitivement s’imposer avec conviction et modestie dans le paysage musical folk actuel. Si l’expérience sans trop de surprise manque parfois d’un brin de folie, son envie permanente de partager (avec humour) ses émotions avec son public et la force jamais démentie de ses balades ne pourront que vous convaincre un peu plus du talent du bonhomme.

Ca n’est pas Wembley, mais la salle comble de l’Orangerie et ses 700 visiteurs d’un soir venus rien que pour lui attestent bien du chemin parcouru par le petit folkeux du grand nord, lui qui un an plus tôt passait anonymement à l’Ancienne Belgique en première partie de la première partie des Moriarty. Un calendrier plus tard, rien n’a foncièrement changé, à quelques détails près. S’il débarque avec sa bonne vieille guitare folk pourrie, pickguard arraché et bois attaqué, qu’il réaccordait à tout bout de champs la fois précédente, quatre autres dames à 6 cordes prennent place cette fois-ci derrière lui d’un coté, et un piano de l’autre. The Times They Are A-Changin’… Ne vous y trompez pas pour autant, l’esprit n’a pas changé, le matériel s’étoffant seulement au gré des dernières expériences électriques de l’ami Kristian, et le moins que l’on puisse dire, c’est que vous n’y perdez pas au change. Le set gagne clairement en épaisseur et en variété quand le précédent pouvait parfois s’essouffler au milieu de chansons aux rythmes et aux mélodies sans doute trop homogènes, trop comparables. Et si vous pourriez regretter que les titres se succèdent parfois de façon un peu trop lisse, sans quelques imprévisibles folies ou quelques distances prises avec les versions enregistrées, la performance musicale n’en reste pas moins magnifiquement servie par une interprétation toujours aussi vivante, puissante et convaincante (enfin tout ce qui rime en –ante). Pour peu d’ailleurs que ses balades à vous faire chavirer le cœur viendraient à trop vite finir de vous saper le moral ou à abattre gentiment toute une salle, notre Tallest Man on Earth ne rate pas une occasion entre deux ritournelles de vous faire marrer en se moquant tendrement de lui-même, de ses chansons qui vous filent le blues et de ses « textes trop souvent portés sur les fleurs et les petits oiseaux ».

Ces doux écarts n’empêchent pourtant jamais d’éclater les moments d’émotion dont Kristian Matsson a le secret et dont le point d’orgue reste bien ce duo arrangé sur Thrown Right At Me (http://bit.ly/ceSslQ) avec la première partie, Idiot Wind, tout au long duquel l’évidente complicité des deux artistes vous transporte sur le fil du rasoir dans une intimité frissonnante à vous faire passer par tous les états possibles, de la respiration retenue au soupir de soulagement, de la crispation à l’euphorie, du rire aux larmes… Que demander de plus ? The Tallest man on Earth continuera de traverser l’Europe pendant les mois à venir, ne le manquez pas. Il repassera à Bruxelles en mai prochain, mon billet est d’ors et déjà acheté.

+ myspace

+ Chronique de ‘The Wild Hunt‘ – Sortie le 13 Avril 2010 – Acheter sur Itunes

+ Chronique de ‘Sometimes the Blues Is Just a Passing Bird EP‘  – Sortie le 06 Septembre 2010 – Acheter sur Itunes

par Antoine S.