
Les Forms ne pourront pas avancer encore bien longtemps à pas feutrés dans le milieu indie. Créateurs d’un genre entre les genres, croisant les décharges rythmiques des Battles à des éléments pops que l’on retrouve chez les Shins ou les Band Of Horses, les new-yorkais reviennent encore très fort.

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Après huit années passées à profiter seuls de leur talent dans le noir, Alex Tween et Matt Walsh verraient d’un bon œil que l’année 2011 leur offre un début de lueur. Jusqu’à présent sous-estimé ou simplement ignoré, le tandem de choc compte désormais s’appuyer sur son nouveau cocktail musical pour tenter de forcer son destin et espérer, cette fois, ne plus connaître la triste désillusion du chef d’œuvre oublié. En s’entourant pour l’occasion d’invités prestigieux comme Matt Berninger (The National) et Andrew Thiboldeaux (Pattern Is Movement), on imagine mal le scénario se répéter avec leur nouveau projet intitulé ‘Derealization’. Projet que l’on pourrait qualifier d’auto-recyclage innovant, puisque les six pistes présentées sur cet EP ne sont en fait que des remix de luxe de titres tirés de leur discographie. Par remix de luxe, entendez plutôt, dans le cas présent, déstructurations et restructurations ambitieuses des mélodies. Ajout d’instruments, arrangements retravaillés, dynamiques modifiées, tous les moyens sont bons pour faire du neuf avec du vieux. En sortie de chaîne, le résultat s’avère brillant, inventif, et c’est une constante chez eux, terriblement addictif. Seule ombre au tableau, la magie The Forms ne fait effet que quinze minutes, temps nécessaire pour que ‘Derealization’ ne devienne, dans un récital math-pop de haute volée, l’une des attractions à essayer en urgence cette année.
Mais au moins, chez ces américains là, on ne gaspille rien. Ni le talent, ni le temps. Prêtez leur le leader de The National une après-midi, ils vous serviront en apéritif le bijou pop pour les mois à venir: la voix de Matt Berninger en porte étendard de l’élégance, des cordes en pleine chorégraphie synchronisée et une rythmique carrée aussi improbable au départ qu’imparable à l’arrivée. « Fire To The Ground », c’est encore le plus bel argument à mettre aux mains de tous ceux qui considèrent la musique comme la plus saine des drogues. Et c’est aussi le début d’une aventure express sur voix royale en compagnie d’Alex et Matt. Lancés à grande vitesse, les artistes commencent leurs séances de dérapages contrôlés, entre des beats rondouillards et des claviers suspendus dans l’air (« Same Path Mantra »), entre des lignes math-rock à haute tension et des harmonies vocales dignes de James Mercer (« Alpha Wave », « Steady Hand »). James Mercer des Shins donc, mais aussi les Battles, Pinback, Sonic Youth ou les Band Of Horses, autant de groupes qui semblent fusionner sous la grinta des deux compères, qui nous servent une à une leurs mayonnaises multicolores, acidulées, aux goûts indéfinissables et dotées de vertus hallucinogènes assez incroyables (« Finally », « Derealization »).
Pour tous ceux qui n’ont pas encore eu la chance de goûter aux Forms, c’est le moment ou jamais de s’y mettre. ‘Derealization’ matérialise à merveille le talent en marge de ce duo génie du rythme, qui passe au mixeur tous les grands artistes de la pop et du rock alternatif apparus ces dernières années.

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