Fini le temps des jouets et des tatouages, Béatrice Martin (Cœur de Pirate) joue désormais en compagnie de Jay Malinowski avec la pop-folk chère aux Calexico de Joey Burns.

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Après avoir été frappé de plein fouet par l’ultra-phénomène Cœur de Pirate, difficile d’imaginer Armistice comme un simple side-project. Les chansons francophones de la jeune canadienne, genres de poésies enfantines écorchées, barbantes au possible, n’existent plus qu’à travers de vagues souvenirs. Il ne reste de son aventure solitaire qu’un brin charmant de naïveté et des lignes de chant nasillardes. Aujourd’hui en duo amoureux aux côtés du leader des Bedouin Soundclash, Béatrice Martin débute une métamorphose artistique aussi inattendue que bienvenue, troquant sa variétoche habituelle contre une demi-dizaine de mélodies pop-folk américanisées et généreuses.  Généreuses sur tous les plans d’ailleurs pour la simple et bonne raison que rien n’a été laissé de côté sur cet album qui collectionne les bons points. Au-delà d’une complicité naturelle qui vient illuminer chacune des compositions, on ne peut que féliciter le travail de fond effectué par Armistice. Du choix de présenter leur travail comme un road-movie rétro-romantique jusqu’à l’élégance des sonorités western et latines, l’opus transpire le professionnalisme et l’inspiration à pleines gouttes. Quant à la ressemblance frappante entre leur univers et celui des sus-cités Calexico, on s’y fait et on s’en réjouit très vite, d’autant que l’idée d’un éventuel plagiat ne traverse pas l’esprit une seconde, les canadiens optant pour une tonalité générale plus légère que celle de leurs aînés originaires de l’Arizona.

L’étape de la comparaison artiste-vs-artiste bouclée, il ne reste plus qu’à profiter confortablement de la lune de miel des deux tourtereaux, vécue façon nature et découverte sous un soleil de plomb. Riches en sonorités douillettes comme du coton, bordées d’arrangements fins comme une lame de couteau laguiole, les mélodies d’Armistice forment la bande-son d’un voyage en amoureux à travers un continent américain dépeuplé et désertique. A l’image de « Mission Bells », premier extrait féerique et obsédant tiré de leur carnet de route, la valeur universelle de chacune des pistes contraste fort joliment avec l’intention première du groupe, à savoir écrire en couple et à destination des couples en priorité. En témoigne en tout cas la date de sortie de ce recueil, le 14 février, jour de la Saint-Valentin. Simple coïncidence ou non, ça n’a finalement peu d’importance. La qualité musicale éclipse aisément toute interprétation, comme il éclipse le thème de l’amour, vaste et visité par une majorité d’artistes. La justesse un peu mielleuse de Jay Malinowski s’apprécie au moins autant que la maturité express affichée par Béatrice Martin, à qui l’anglais convient d’ailleurs bien davantage que le français, et à deux, ils auront rendu l’hiver un peu plus doux avec leurs tendres berceuses d’été. Qu’ils la jouent cabaret jazzy (« God Will Get This Man »), ranch texan (« Neon Love ») ou mariachi (« City Cry Lights », « Jeb Rand »), l’efficacité est au rendez-vous.

Les préjugés autour de Coeur de Pirate ne suffiront pas à effacer le charme instantané de cette chouette réussite pop-folk. Ajoutez à ce mini-opus une durée de vie largement supérieure à celle d’un objet du même registre plus calibré – remerciements spéciaux aux influences latines – et vous avez de quoi attendre relax l’arrivée éventuelle d’un album que l’on espère dans la même veine.

Sortie le 14.02.2011

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par Thibault F.