Voyage fantasmagorique dans le manoir hanté de Ryan Schmale, un virtuose introverti de 20 piges nageant dans une fumée d’opium à la recherche des psychotropes folk de Kurt Vile.

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Un drôle de type ce Ryan, un mec atypique. Il n’est pas comme bon nombre de ses collègues californiens, générateur de mélodies dorées au soleil. La pop aveuglante des Beach Boys, le folk héroïque de Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, c’est pas du tout son truc. Pour composer, That Ghost préfère s’isoler à l’ombre, à côté d’un cimetière ou d’un local abandonné, en attendant que la nuit tombe. Histoire que ses mélodies folk-rock dépouillées absorbent les ténèbres, histoire que sa musique sente davantage les pieds et le moisi que les beignets à la fraise échoués en fin de journée sur la plage de Santa Monica. L’univers sonore cadavérique de Ryan Schmale, décrit comme tel, repousserait n’importe qui, y compris une Mylène Farmer au plus bas. Il est pourtant à parier que Songs Out Here plaira autant à l’amateur de dark-folk, fan de Current 93, qu’à la jolie fille candide qui écume les bars de la ville une cigarette au bec, en écoutant Adam Green. L’optimisme dans le ton du songwriter et son timbre volcanique rendent entièrement rassurante l’obscurité générale de ses compositions. Un agréable paradoxe qui égaye considérablement l’écoute et qui renvoie vers une hallucination géniale: Un folksinger en héros de série B qui fait des bulles avec son chewing-gum, affrontant à la cool des hordes de créatures zombifiées avec une guitare, ses wayfarer et sa bière blonde.

Songs Out Here entraîne son public dans un délire chimérique, un cauchemar qui devient très vite rigolo grâce aux vapeurs euphorisantes qui s’échappent en continu des mélodies. Comment ne pas se sentir ailleurs et complètement déphasé lorsque résonne dans le noir des berceuses alcoolisées comme « Here Is The Hour » ou « To Like You ». Comment résister à la tentation de narguer les gardes de la porte des enfers lorsque le fantôme des War On Drugs nous y entraîne (« As Only Son »). Ryan est, à l’image de sa musique, bien trop convaincant et apaisant pour nous laisser indifférent devant son petit monde macabre. Sa musique est attachante, relâchée comme la folk west-coast de Jason Collett, même si plus éthérée (« Remain », « Back », « After Passing »). Et quand la tristesse et la nostalgie débarquent, les mélodies bluesy-folk un peu cradingues de That Ghost s’avèrent plus catchy et efficaces que n’importe quel morceau réussi de chillwave (« Calls », « In House »,  »The Older »). L’atmosphère surréaliste de l’album commence alors à se dissiper et finit par disparaître. A nu, en proie aux doutes et seul avec sa guitare, le héros de série B n’existe plus. Il laisse la place au réel: un jeune artiste, qui après nous avoir entraîné sourire aux lèvres dans son cache-cache bruyant et ses choeurs séraphiques, essaye maintenant de nous faire tomber avec lui (« Pale Child », « Won’t I Sleep »).

Schmale ne correspond pas aux silhouettes classiques de la scène folk et folk-rock californienne. A mi-chemin entre Kurt Vile et Jason Collett, il propose une oeuvre souterraine, étincelante, qu’il s’agit de découvrir au plus vite.

Sortie le 01.03.2011

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par Thibault F.