Efterklang, quelle drôle d’idée ! Drôle d’entrée en matière, drôle de look, drôle de musique… mais surtout, Efterklang, drôles de moustaches ! Quoi qu’il en soit Efterklang, c’est comme les Stimorol, c’est danois et ça se mâche sans lasser !

Allez savoir s’il existe une quelconque pseudo rivalité entre charmants pays nordiques, ou d’improbables héritages musicaux scandinaves en commun (comment ça « L’Islande ne fait pas partie de la Scandinavie, grosse tâche ! » ?) mais le moins que l’on puisse dire, c’est que certains parallèles entre les volcans islandais de Sigur Ros et les petites sirènes danoises d’Efterklang semblent parfois faciles à tracer. Sigur Ros s’offre un tour vidéo grandiose sur son île d’enfer dans Heima ? Qu’à cela n’tienne, Efterklang se paie un road trip musical avec Vincent Moon derrière la caméra, baptisé « An Island » (tiens, encore une île…), et que la bande s’autorise à diffuser sur écran géant en guise d’amuse-bouche à la place d’une première partie molle-du-genou. Inattendu, mais pas forcément désagréable. Un coup à finir cette première quarantaine de minutes avec un torticolis dispensable, mais un coup assurément original en plus de valoir toutes les meilleures introductions du monde. Vous êtes dans le bain, au pays de la musique bouts-de-ficelle, rêveuse et emballée, où les gens ne peuvent pas paraitre autrement que fondamentalement gentils, où on vous prendrait par la main pour traverser la route déserte et où chaque soir tout le village se retrouverait autour d’un même banquet pour partager ses joies, ses rires, ses peines et ses pleurs. C’est beau…

Et puis voilà. A peine le temps de les laisser débarrasser le foutra qui leur servait à projeter le film que l’équipée fantastique de joyeux danois débarquent sur scène au grand complet. Pas un bonhomme, non môssieur. Pas deux, pas trois, pas quatre, cinq ou six, ô non, môssieur ! Mais bien sept grands lurons au fagotage douteux (et vas-y que j’te sorte la chemise à motifs à papa, le polo uni tout dégingandé ou que j’te remonte le pantalon en velours pour laisser deviner la paire de chaussettes rayées moche ou frimer avec ses grolles aux imprimés insoutenables…) ! Sept baroudeurs des bacs à sable avec moustaches à la Günter et coupe bien proprette pour la plupart, prêts à en découdre et à combattre les apparences. Force est d’admettre que la lutte n’a pas pu durer longtemps et que toute tentative de résistance était rendue veine d’avance. Difficile en effet de résister à cet ambitieux carrefour entre les envolées soniques de Sigur Ros (encore eux, désolé, mais la filiation semble tellement évidente), les balades sautillantes d’I’m From Barcelona et les mélodies graves de The National. Tout ça pourrait finir par laisser cet étrange goût de patchwork peu assumé d’un groupe qui hésiterait à choisir sa voie, mais ces pas chassés d’un style vers un autre élève plus souvent leur parti-pris qu’il ne le dessert, compensant avec charme les quelques titres un peu plus faibles de la setlist.

La performance scénique des bonhommes vaut d’ailleurs d’autant plus que non contents de communiquer une vraie bonne humeur que ne semble pas avoir entaché plus de 3 années consécutives sur les scènes du monde entier, les compétences de multi-instrumentiste de presque chacun des membres sont plutôt belles à voir. Le batteur lâchant par moment ses futs pour s’emparer de sa trompette et laissant le soin au chanteur d’assurer la rythmique le temps de quelques chansons, le violoniste s’amusant avec des jouets d’enfant quand il ne part pas prêter main forte au batteur ou le guitariste se lançant dans quelques élans de pipeau… Tout finit par devenir séduisant. Même la moustache d’un autre âge. Même la chemise à motifs à papa. Vraiment, Efterklang, quelle drôle d’idée !

orangerie du botanique, bruxelles

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par Antoine S.