Pigeon John et Hervé Salters (General Elektrics) ont enfilé leurs plus beaux maillots de bain pour bricoler Dragon Slayer: une excursion musicale souvent ensoleillée et paresseuse, à la croisée des sentiers pop et hip-hop.

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Quand la musique Hip-Hop sort de la rue pour se faire des copines, difficile de prévoir par avance le résultat. Seule certitude, l’équation Hip-Hop + X ne répond pas aux lois des maths et donne souvent lieu à des projets très éloignés les uns des autres (Blackroc, Everlast, Big B, Sage Francis, etc). De quoi couvrir les goûts de chacun, si tenté que la fusion des genres fonctionne. Pour le californien, tout va comme sur des roulettes. Bien aidé côté production par la tête pensante des General Elektrics – qui pose sa patte en administrant de jolies formes rebondies aux mélodies du disque – le MC l’a joué anti-révolutionnaire sobre et chic. Pas question pour lui d’expérimenter pour expérimenter, de faire mu-muse avec les styles pour dire de faire mu-muse. Bref, pas question pour lui de suivre la voie de l’arnaque, entreprise par Kanye West avec son gloubi-boulga sonore et son égo sur-dimensionné. Pigeon John ne cherche que fun, chaleur et simplicité. Une recette collant à merveille au profil du garçon, détendu et pas prise de tête pour un sou, qui préfère se la jouer guide touristique sympa du hip-hop que MC 2.0 visionnaire. Dragon Slayer vient tout droit de l’école de la sagesse et de l’humilité. Le chef d’oeuvre attendra pour le rappeur, trop occupé à sourire aux côtés de Hervé Salters, sur sa musique qui sent bon la crème auto-bronzante.

Une détonation de groove dynamite la porte d’entrée. Bourdonnements électroniques, flow du tonnerre, applaudissements, beats rondouillards, break mortel, bref, ce qu’on appelle communément un tube planétaire (« The Bomb »). Une ouverture qui s’avère particulièrement punchy mais qui reste très peu représentative de l’album dans son ensemble, bien plus tourné hamac et plage exotique que fabrication d’explosifs. « So Gangster », « Davey Rockit » et « Buttersoft Seats » flirtent avec les summer hits aphrodisiaques produits dans les années 90: mélodies en gomme à mâcher ornées, parfois, de choeurs anesthésiants. Dragon Slayer peut vite ressembler à un super club de vacances, pas nid-à-minettes comme celui tenu par la génération surfeurs à guitares incarnée par Jack Johnson ou Matt Costa, mais pour autant, pas moins chaleureux et sympathique (« Before We’re Gone », « Dude It’s On », « Ben Vereen », « Rock Bottom Again »). On regrette simplement que PJ, à la recherche de nouvelles sensations, bascule vers des mélanges Pop/Hip-Hop un peu moins faciles à avaler. Fini le sable chaud, les maillots de bains et la pêche aux crabes. Le bonhomme enfile un blouson de rockstar trop grand pour lui (« Hey You »), une veste de pop star un brin ridicule (« Excuse Me »), avant d’envoyer paître sa personnalité pour finir dans le costume du rappeur bling-bling typiquement détestable (« To Do List »).

Hormis de rares ratés sur lesquels Pigeon John mange la façade de la médiocrité, sa collaboration avec Hervé Salters est une franche réussite. Quand le californien sort sa tenue d’été et ses mélodies décontractées, Dragon Slayer devient de suite plus fun et enivrant.

Sortie le 07.03.2011

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par Thibault F.