
Suite à une virée solo éblouissante l’an dernier (Fly Yellow Moon), Fyfe Dangerfield est resté perché au sommet de son art pour mettre au point le troisième opus des Guillemots. Une référence pop pour l’année 2011 et les années à venir.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Le quatuor anglais a toujours pris une place un peu à part dans la brit-pop de ce siècle. Rarement un groupe n’aura autant partagé l’opinion publique et critique que les Guillemots, considérés comme les génies modernes de la pop d’un côté, jugés comme l’une des plus belles arnaques des années 2000 de l’autre. Causes principales du fossé immense séparant les fans et réfractaires au combo britannique: l’apparente superficialité et grandiloquence de leurs mélodies. Et bien que Walk The River apparaisse en tous points plus abouti et inspiré que ses deux prédécesseurs (Through The Windowpane et Red), le fossé n’est pas prêt de diminuer entre les deux parties. En solo ou en groupe, Fyfe Dangerfield a toujours fait preuve d’une certaine ambivalence vis-à-vis de la musique pop en refusant le jeu des étiquettes et des clans. Pas question pour lui de voir ses albums rangés dans les tiroirs habituels nommés Mainstream et Indie. Et pour être sûr qu’un tel catalogage ne se produise pas, les Guillemots usent et abusent des codes de la pop grand public et underground en proposant des compositions hybrides éclatantes, pouvant regrouper – de manière un peu caricaturale – des émotions surjouées façon Eurovision, des mélodies scintillantes, des expérimentations sonores géniales et un songwriting magnifique.
S’il s’avère peu probable que les non-partisans du groupe rejoignent le rang des convertis, Dangerfield et sa troupe affichent au moins une maturité nouvelle susceptible de les faire réfléchir. L’hymne éponyme « Walk The River », qui éclate la porte d’entrée de l’album, fait comprendre en cinq minutes et des poussières que le groupe entre dans une nouvelle dimension. Découpe rythmique digne d’un grand tube, progression mélodique soignée, ajout harmonieux de couches sonores, lignes de chants intenses et envoûtantes, le tout ponctué par un sublime refrain rassembleur. Et déjà l’impression de voir un grand disque s’inscrire sur le calendrier de l’année en cours. Après des années à perdre l’équilibre sur certaines de leurs voltiges musicales qualifiables de too much - qui expliquent l’hétérogénéité des opus précédents – les Guillemots ont visiblement pris du galon. La finesse des singles potentiels et la diversité impressionnante des hits à rallonge présents sur le disque – tous très influencés par l’escapade solitaire de leur leader – en sont la preuve matérielle (« Dancing In The Devil Shoes », « Vermillion », « I Must Be A Lover », « I Don’t Feel Amazing Now », « The Basket », « Tigers »). Le pari de faire entrer des classiques pop instantanés dans des mélodies de grande envergure a parfaitement fonctionné. Et ces classiques ne font que prendre de la valeur au milieu des recherches plus expérimentales et obscures des anglais. Des voyages psychédéliques en sous-marin comme « Yesterday Is Dead » ou « Sometimes I Remember Wrong » jusqu’aux airs progressifs de « Ice Room » côté rock, ou « Inside » côté pop, en passant par les bricolages électroniques et le kitsch ultime de « Slow Train », l’oeuvre de référence du groupe se dessine à l’indélébile.
Walk The River est à l’heure actuelle l’album le plus impressionnant des Guillemots. Plus matures, plus ambitieux, plus justes, plus efficaces – plus tout en fait – les britanniques sont en train de construire dans une semi-obscurité médiatique une discographie qui a tout pour devenir culte dans le milieu de la Brit-Pop.
Sortie le 18.04.2011

Laisser un commentaire