PORTUGAL. THE MAN
ORANGERIE DU BOTANIQUE, BRUXELLES

Le complexe culturel bruxellois du Botanique est un étonnant mais toujours juste révélateur des ascensions populaires de ces talents musicaux venus se perdre en Belgique pour un peu de reconnaissance et beaucoup de chaleur. Serres royales de renom reconverties depuis le milieu du siècle dernier en étendard des arts au coeur de la capitale belge, la vénérable verrière emmitouflée dans son théâtre de verdure brave sans complexe la nouvelle végétation urbaine qui l’entoure, comme un défi au temps qui passe. De son Witloof Bar confidentiel à travers ses ambiances de vieille cave aux arcades voutées, à son Orangerie plus mainstream mais toujours chaleureuse en passant par sa Rotonde majestueuse et intimiste où esthétisme et qualité acoustique se conjuguent au plus que parfait, le Botanique offre à ceux qui le mérite une opportunité unique de se révéler, de progresser, salle après salle, dans un charme chaque fois tout personnel, et d’adapter les capacités d’accueil à leur popularité.

Les quatre trublions des Portugal, The Man profitent à plein régime de la tribune que le centre culturel leur offre depuis quelques temps déjà. Après avoir soufflé la centaine de spectateurs venus les découvrir au Witloof Bar l’année dernière pour la tournée de leur Satanic Satanist, John Gourley et son gang ont eu cette fois-ci droit aux honneurs justifiés de la promotion pour présenter American Ghetto. Fini le confinement du Witloof, bonjour les ors de la Rotonde, les mecs allaient pouvoir donner leur pleine mesure sur une scène à leur mesure. Le fait est qu’ils semblent déjà largement prêts à passer à la vitesse supérieure et taillés pour le petit millier de spectateurs de l’Orangerie, les 250 tickets de la Rotonde ayant rapidement trouvés preneurs.

Difficile pourtant de ne pas trouver quelques éléments d’explication sans avoir à forcer l’argumentaire. Les types savent déjà somptueusement s’entourer. Le ton était en effet donné après 45 premières minutes enlevées et inspirées, offertes par les gars des Plants & Animals. Les montréalais semblent d’ailleurs largement armés pour défendre leur projet sans l’aide de personne. C’est puissant, mélodique, saupoudré d’un léger charisme à la Josh Homme pour le principal chanteur, ça ne demande finalement qu’à être vu dans un contexte plus officiel qu’une première partie. Mais les bases d’un vrai bon concert de rock étaient posées, il ne restait plus qu’à lacher les fauves.

Les fauves n’ont d’ailleurs pas tergiversé en attaquant leur set avec les mêmes certitudes que celles qui leur avait tant réussi un an et demi plus tôt: Pas de chichi ni d’effet de pose, de la musique et rien que de la musique, avec en prime ce talent pour toujours renouveler et faire vivre leurs compositions. Pas question de rabâcher la même partition de studio. Ici les guitares crachent, les émotions palpitent autant que les versions s’allongent avec génie et les types prouvent avec classe mais surtout sans prétention qu’ils savent ce qu’ils font. John Gourley a autant d’or entre ses doigts que Jason Sechrist a de Keith Moon dans ses baguettes. Leur talent suinte comme une évidence et le public ne s’y est décidément pas trompé, reprenant au mot près les hymnes qui peuplent déjà leur discographie. La communion pudique pendant les divins ‘Mornings’ et ‘People Say’ en attestent assez largement.

Sans compromission, Portugal, The Man continue de se réinventer sur scène, revisitant ses acquis sans regarder derrière eux et justifiant leur partie-pris avec des salles combles qui en redemandent toujours plus. Ca tombe bien, leur prochain album sort en Juillet. Prochain concert à l’Orangerie ? On prend les paris !

SETLIST

01. JAM
02. Guns & Dogs
03. Do You
04. Senseless (New Song)
05. The Sun
06. The Home
07. The Woods
08. Got It All (New Song)
09. Mornings
10. 60 Years
11. Shade
12. People Say
13. M80

EN PLUS

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+ CHRONIQUES: American Ghetto (2010) | The Satanic Satanist (2009)
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ENTRETIEN AVEC: Zachary Scott Carothers (Avril 2010)

par Antoine S.