
ALELA DIANE
ANCIENNE BELGIQUE, BRUXELLES

Confortablement emmitoufflée sur scène dans son petit cocon familial, bien calée entre Loulou et Papounet, Alela Diane est venue défendre sans passion son Wild Divine début Mai à l’Ancienne Belgique. A l’image de ce dernier album où l’américaine troque définitivement sa guitare et sa solitude enivrante contre une formation musicale au grand complet (batterie, basse, guitares, synthé et tout le tralala) mais peu convaincante, c’est sur une prestation sans grande saveur que la chanteuse conclura son passage bruxellois, à mille lieues des balades charmeuses et nostalgiques vers lesquelles elle et sa folk nous transportaient il y a encore peu.

Savoir faire évoluer son répertoire sans délaisser pour autant les suiveurs de la première heure a toujours relevé du plus périlleux des défis dans la carrière musicale d’un artiste. Prendre du recul et admirer le risque pris dans l’évolution artistique de ses idoles constituent sans aucun doute l’exercice le plus éprouvant des groupies de toujours. Si Wild Divine n’a rien de comparable avec un Kid-A ou un Highway 61, à sa modeste mesure la dernière mouture d’Alela Diane offre à son auteure le difficile privilège de tourner une page musicale qui a fait sa renommée en emmenant son univers cotonneux vers des contrées moins minimalistes et sauvages, quitte à laisser derrière elle quelques amants éconduits. Conséquence directe de ce parti-pris, si la californienne n’est plus seule sur scène depuis belle lurette, la place laissée aux moments de grâce lorsqu’elle et sa six cordes entraient en résonance est, et c’est le moins qu’on puisse dire, réduite à sa portion congrue. Il aura ainsi fallu attendre la fin de son set pour voir ses gorilles quitter la scène et la laisser, le temps d’un « Oh! my mama », nous rappeler combien son univers n’a véritablement de force et de magie qu’une fois privé des artifices qu’on semble désormais s’acharner à vouloir lui imposer. La version lourde et laborieuse de « Pirate’s Gospel » que le groupe nous a offerte en atteste d’ailleurs de la meilleure (ou de la pire) des façons: Basta les succès passés. Quitte à les dénaturer en ne se présentant plus que dans une formation élargie, autant que la bande se concentre sur les titres qu’ils se sont taillés tout au long de leur dernier album. Si la bande n’a pas à rougir de sa performance, on peine pourtant à se laisser transporter. Trop propret, trop carré, trop peu de place laissé à l’imprévu, comme un direct pré-enregistré, Alela et les siens nous laissent sur un goût de trop peu, comme si on les avait vu sans les voir franchement. Alela Diane semble embarrassée avec son gros micro en argent chromé, plantée au milieu de la scène, droite comme un “i” et sourire pincé convenu. S’effaçant presque toujours derrière les anecdotes de son mari, on finirait presque par se demander qui l’on est venu voir.

On vante trop souvent ces groupes dont toute la dimension de leur univers musical se révèle sur les planches, loin du confort aseptisé des studios. On parle moins de ceux, comme Alela Diane, dont la force de composition s’évapore à regret lorsqu’il s’agit de défendre son répertoire en public et sans filet. Sans que la prestation soit nécessairement manquée, le peu de conviction dont Alela Diane fait preuve face à son public rejaillit invariablement sur l’impression générale laissée à son auditoire. Si l’étincelle est bien là, l’américaine n’a pas la flamme, ou tout du moins pas sur scène. Dommage.
Cette déception ne fait malheureusement pas honneur à la qualité des photos qu’Hélène Dehon nous a généreusement et aimablement prêtées pour illustrer cet article. N’hésitez d’ailleurs pas à visiter sa page Flickr pour découvrir son travail (www.flickr.com/helenedehonphotography).
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