AlbumOddBlood

Ils avaient fait sensation en 2007 avec l’album ‘All Our Cymbals‘ où ils expérimentaient à leur sauce la pop et world-music. Et bien les Yeasayer remettront les couverts en février 2010 avec une nouvelle collection de morceaux dansants, futuristes et toujours un peu barrées. Plus incisifs que sur leur premier disque, ce qui s’apparentait auparavant à un trip sympa mais un peu barbant est devenu désormais un trip galactique gigantesque et  inoubliable.

Quelle formidable idée de sortir en plein hiver ce qui serait à coup sûr un disque parfait pour l’été. Deux ans après leur premier effort, les trois types de Brooklyn n’ont pas laissé leur musique se calmer et refroidir. Bien au contraire. Plus chaleureuses et dansantes que par le passé, leurs nouvelles pistes laissent rêveuses et promettent déjà quelques bouffées de chaleurs mythiques pour contrecarrer le froid de la saison. Le style Yeasayer se confirme, leurs compositions se sont largement fluidifiées, et les passages futiles et surproduits commencent à sérieusement s’enterrer. Quand à leur univers atypique, il n’a pas bougé d’un poil et se veut toujours aussi riche, prêt à bousculer les astres et les étoiles à coups d’éclaboussures synthétiques et d’harmonies vocales obsédantes. Et alors que bien souvent le terme épique fait l’objet d’une utilisation douteuse, il reste ici certainement le terme qui définit le mieux l’énergie communicative propulsée par les envolées instrumentales ambitieuses et mélodieuses de ce ‘Odd Blood’. Beaucoup moins inégal que son prédécesseur, il n’en reste pas moins que plusieurs titres parviennent brillamment à s’extraire de la masse, laissant l’auditeur pantois devant la maîtrise affichée pour superposer avec une telle lisibilité un si grand nombre de couches sonores. En pleine apesanteur, des refrains sirupeux procurent un sentiment d’ivresse incontrôlable, surplombant des chœurs tourbillonnants et des vagues de sons tantôt électroniques, tantôt électriques (« Madder Red »). Un premier chef d’œuvre imparable et limpide vient de naître dans nos oreilles qu’il se fait remplacer par une échappée world-music festive, parée pour secouer le sable chaud et enflammer les soirées tropicales (« ONE »). La messe est dite. Grâce à deux morceaux incontournables et pas plus de neuf minutes au compteur, le groupe vient de marquer en gros et en gras son nom à l’indélébile sur l’année 2010.

Et bien que l’on ne retrouvera jamais des compositions aussi abouties sur leur nouvel opus, les Yeasayer restent encore impressionnants, à tel point qu’ils dénoncent involontairement du doigt les nombreuses faiblesses de groupes comme Animal Collective, qui jouent dans le même registre mais certainement pas dans la même cour. Alors qu’ils partagent certainement un public similaire, que leurs ambitions artistiques et leurs créativités les rapprochent, la bande à Arnand Wilder montre à quel point leurs concurrents sont encore trop brouillons.  Car quelque soit le degré de folie de leurs pistes, Yeasayer, eux, trouvent toujours le moyen de ne pas déboussoler l’auditeur en choisissant des rythmiques relativement simples et en accordant la priorité aux harmonies vocales. Les illuminations délirantes des claviers et des différents instruments nourrissent leurs désirs créatifs, mais n’altèrent en rien l’évidence des chansons, ni leur essence pop (« I Remember », « Grizelda », « Strange Reunions »), ni leur groove édulcoré (« Ambling Alp », « Rome »), ni même leur intensité profondément rock’n'roll (« Mondegreen »). Ce sont seulement à deux reprises que les compositions du groupe entreront dans une phase de bricolage nocive, usant jusqu’à indigestion de voix trafiquées (« The Children ») et de breaks peu inspirés (« Love Me Girl »).

Vous l’aurez compris, l’année 2010 démarrera en trombes avec l’arrivée de ‘Odd Blood’. Dans la bulle sonore décalée des américains défilent des hits magistraux qui feront de l’hiver une saison brûlante, pendant que la mode du buzz devrait entraîner légitimement dans son sillon les artistes accomplis qu’ils sont, sans surprise, devenus.

Sortie: 09/02/2010

Myspace | Itunes

Autres chroniques: Playlist Society

par Thibault F.