Une poignée de pistes à haute sensibilité se sont regroupées sur le premier EP d’une nouvelle personnalité originale et fragile de la scène française: Cascadeur. Le guide idéal pour un voyage pop onirique au milieu des comètes.

Trente cinq secondes seulement suffiront pour faire le tour du personnage et ressentir le talent qui s’en dégage. Trente cinq secondes pour appréhender l’univers féérique d’un homme capable de faire régner en maître la délicatesse et la vulnérabilité sous un casque de moto, un peignoir de boxeur ou un masque de catcheur américain. Qu’on se le dise, Cascadeur n’a rien d’un artiste émergent lambda, d’une nouvelle promesse à buzz ou d’une curiosité passagère. Ce mini-opus nommé ‘Walker’ confirme au contraire l’arrivée d’un musicien terriblement affirmé sur notre scène nationale, doté qui plus est d’une approche musicale plutôt unique et rafraîchissante. Une nouvelle preuve que la France reste une terre fertile en virtuoses de tout genre et une nouvelle preuve que le renouvellement en musique ne passe pas toujours par le recyclage d’un genre ou d’une époque. Armé entre autres d’un outil de prédilection nommé piano, Alexandre Longo trace sa propre carte du monde, évoquant de façon seulement passagère – si on ne peut se passer du jeu classique des comparaisons – des artistes à fragilité égale comme Bon Iver, Antony & The Johnsons ou Jónsi (Sigur Ros). Auteur de chansons pop gelées grondant sous un manteau de neige, Cascadeur livre un une œuvre éblouissante qui se destine aussi bien aux enfants qu’aux adultes. A l’image d’une poésie animée du cinéaste japonais Miyazaki ou d’un miracle d’animation venu tout droit de chez Pixar.

Comme eux, l’artiste français dispose de suffisamment de talent et de volonté pour réaliser une œuvre à forme récréative conservant une profonde exigence technique. Si les cinq morceaux composant l’EP ne ressemblent en rien à une démonstration de style, la qualité des arrangements, comme la finesse d’écriture, témoignent d’un savoir-faire déjà arrivé à maturité. En ouverture, « Walker » nous entraîne dans une virée spatiale chargée en émotion, une montée en apesanteur pop rendue bouleversante par la timbre cristallin d’Alexandre et déchirée en plein cœur par une pincée de bruitages psychédéliques. Pour sûr l’une des compositions phares de l’année 2010. Le reste n’est pas mal non plus. « Meaning » et ses notes de piano acrobatiques traversent l’obscurité de l’espace avec la grâce d’une danseuse étoile, alors que les dernières compositions (« Your Shadow », « Bye Bye », « Meaning (Choral Version »)) offrent une expérience plus ludique et toute aussi jolie. Elles accompagneraient à merveille un spectacle de marionnettes ou une représentation de fin d’année scolaire, sans pour autant ressembler à de simples contes enfantins un peu niais. Et c’est bien là toute la force de Cascadeur, nouveau trapéziste de la musique pop au talent débordant bien difficile à situer.

Ainsi, après s’être trempé plusieurs fois les oreilles dans cet EP, et quoi que nous réserve la suite, difficile de ne pas en saliver d’avance. Cascadeur, c’est juste un poids plume au talent lourd comme du plomb.

Sortie: 01/11/2010

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par Thibault F.