Animal Islande : les espèces incontournables à observer lors de votre voyage
Il existe des pays que l’on visite pour leurs monuments, d’autres pour leurs plages ou leurs marchés. L’Islande, elle, semble avoir été dessinée pour ceux qui aiment lever les yeux, tendre l’oreille et attendre. Derrière une cascade, sur une falaise battue par le vent ou au bord d’une route presque déserte, la vie sauvage apparaît sans prévenir.
Observer les animaux en Islande demande une certaine lenteur. Ici, pas de safari organisé autour d’un point d’eau où chacun serait assuré de trouver son spectacle. Il faut accepter la brume, les longues attentes, les départs matinaux et parfois cette délicieuse frustration qui fait aussi partie du voyage. Un macareux qui plonge trop vite, une baleine qui souffle à quelques mètres du bateau, un renard arctique qui disparaît derrière une pierre : l’instant est bref, mais il reste longtemps.
Voici les espèces incontournables à observer lors d’un voyage en Islande, avec quelques conseils pour les rencontrer dans les meilleures conditions.
Le macareux moine, le petit clown des falaises
Avec son bec coloré, son ventre blanc et sa démarche un peu maladroite, le macareux moine est devenu l’un des grands symboles de l’Islande. On le surnomme parfois le « perroquet de mer », même si son allure, lorsqu’il se dandine sur la roche, évoque davantage un voyageur ayant perdu sa valise qu’un oiseau tropical.
Le macareux passe la majeure partie de l’année en mer. Il revient sur les côtes islandaises au printemps, généralement à partir de la fin avril ou du début du mois de mai, pour se reproduire dans les falaises. La période la plus favorable pour l’observer s’étend jusqu’au mois d’août, avant son retour vers le large.
Plusieurs sites sont réputés pour accueillir de grandes colonies :
- Les îles Vestmann, au sud de l’Islande, notamment l’île de Heimaey ;
- Les falaises de Látrabjarg, dans les fjords de l’Ouest ;
- Dyrhólaey, près de la côte sud, lorsque l’accès est ouvert ;
- Les falaises de Reynisfjara, à proximité de Vík, en restant très prudent face aux vagues ;
- La péninsule de Snæfellsnes, où l’on peut parfois les apercevoir depuis la terre ou lors d’une excursion en bateau.
Le meilleur moment pour les observer est souvent le matin ou en fin de journée, quand la lumière adoucit les falaises et que les oiseaux se montrent plus actifs. Gardez vos distances, évitez les gestes brusques et ne tentez jamais de descendre dans les zones de nidification. En Islande, la beauté du paysage ne donne pas tous les droits.
Les baleines, souveraines discrètes de l’océan
Au large de l’Islande, l’océan n’est jamais tout à fait silencieux. Une respiration puissante, une nageoire qui fend la surface, puis plus rien. On se demande alors si l’on a vraiment vu quelque chose ou si l’imagination, nourrie par le vent et le froid, a décidé de jouer avec nous.
Les excursions d’observation des baleines partent principalement de Reykjavík, Húsavík, Akureyri et Hólmavík. Húsavík, surnommée la capitale islandaise de l’observation des baleines, est particulièrement connue pour ses sorties dans la baie de Skjálfandi.
Les espèces les plus fréquemment observées sont :
- La baleine à bosse, reconnaissable à ses sauts, ses longues nageoires et sa manière spectaculaire de replonger ;
- Le petit rorqual, plus discret mais très courant dans les eaux islandaises ;
- Le dauphin à nez blanc, souvent observé en groupe ;
- Le marsouin commun, plus difficile à repérer en raison de sa petite taille ;
- La baleine bleue, présente surtout durant les mois d’été, même si son observation reste exceptionnelle ;
- L’orque, qui fréquente davantage certaines zones de l’ouest, notamment autour de la péninsule de Snæfellsnes.
La saison la plus propice s’étend généralement de mai à septembre. Choisissez une compagnie respectueuse de la faune, qui limite la vitesse et la distance d’approche. Prévoyez des vêtements chauds, même en été : au large, le vent ne négocie pas.
Il faut aussi se souvenir que l’observation n’est jamais garantie. Une sortie sans baleine n’est pas forcément une sortie ratée. Elle permet parfois de comprendre la mer, ses mouvements et ses silences. Et puis, il y a toujours cette sensation étrange de se trouver sur une embarcation minuscule au milieu d’un monde infiniment plus vaste.
Le renard arctique, l’habitant originel de l’île
Avant l’arrivée des premiers colons, le renard arctique était le seul mammifère terrestre présent en Islande. Il aurait rejoint l’île en traversant la banquise, bien avant que les routes, les villages et les parkings ne viennent ponctuer les paysages.
Petit, robuste et parfaitement adapté au climat, il change de pelage selon les saisons. En hiver, certains individus deviennent presque entièrement blancs. En été, leur fourrure prend des teintes brunes, grises ou bleutées. Cette transformation lui permet de se fondre dans la neige, les roches volcaniques et les herbes rases.
Les meilleures chances de l’observer se trouvent dans les fjords de l’Ouest, notamment dans la réserve naturelle de Hornstrandir. Cette région isolée, accessible principalement en bateau, offre un habitat préservé au renard arctique. On peut également en apercevoir dans les environs du centre du renard arctique de Súðavík, qui œuvre à la protection et à la réhabilitation de l’espèce.
Le renard arctique reste cependant un animal sauvage et farouche. Il n’est pas rare de marcher plusieurs heures sans en voir un seul. Puis, au détour d’un sentier, une silhouette se détache sur la pente. Elle vous observe quelques secondes avant de disparaître. C’est peu, mais c’est beaucoup. Dans ces moments-là, le voyage ressemble moins à une visite qu’à une rencontre accordée par le paysage.
Les phoques, entre rochers noirs et eaux froides
Sur les côtes islandaises, les phoques aiment se prélasser sur les bancs de sable et les rochers. Ils semblent parfois dormir profondément, indifférents au monde, jusqu’à ce qu’un mouvement ou un bruit les fasse glisser dans l’eau avec une efficacité qui ferait pâlir n’importe quel nageur humain.
Deux espèces sont principalement observées :
- Le phoque commun, très répandu autour de l’île ;
- Le phoque gris, plus grand et doté d’un museau caractéristique.
La péninsule de Vatnsnes, dans le nord-ouest de l’Islande, est l’un des meilleurs secteurs pour les observer. La colonie de Hvítserkur, célèbre pour son rocher dressé dans la mer, attire également de nombreux phoques. La lagune glaciaire de Jökulsárlón et la plage voisine de Diamond Beach peuvent aussi offrir de belles observations, bien que les animaux ne soient jamais au rendez-vous sur commande.
Dans l’ouest, la plage de Ytri-Tunga, sur la péninsule de Snæfellsnes, est réputée pour ses phoques communs. Approchez-vous lentement, restez à bonne distance et utilisez des jumelles plutôt que vos jambes. Un phoque qui se repose a besoin de calme, pas d’un public venu chercher le meilleur angle pour une photographie.
Le cheval islandais, petit par la taille, immense par l’histoire
Le cheval islandais n’est pas une espèce sauvage, mais il appartient profondément au paysage et à l’imaginaire du pays. Arrivé avec les premiers colons vikings, il a longtemps accompagné les habitants dans les vallées, sur les plateaux et le long des pistes impraticables.
Plus petit qu’un cheval classique, il est pourtant robuste, endurant et remarquablement sûr sur les terrains accidentés. Sa particularité la plus célèbre est le tölt, une allure souple qui permet au cavalier de rester relativement stable, même lorsque l’animal avance rapidement.
On le rencontre partout en Islande, dans des élevages installés au bord des routes ou dans de vastes pâturages entourés de montagnes. Leur crinière flotte dans le vent, les naseaux frémissent, et leur regard possède parfois cette gravité tranquille des animaux qui semblent avoir vu passer plusieurs générations de voyageurs.
Si vous souhaitez faire une randonnée à cheval, choisissez un élevage respectueux du bien-être animal et adapté à votre niveau. Il n’est pas nécessaire d’être cavalier expérimenté pour découvrir le tölt, mais il faut écouter les consignes et respecter le rythme du groupe. Le cheval islandais n’est pas un simple accessoire de carte postale : il est un compagnon de travail, d’histoire et de voyage.
Le renne, seigneur des hautes terres de l’Est
Le renne est le seul cervidé sauvage d’Islande. Introduit au XVIIIe siècle depuis la Norvège, il vit principalement dans l’est du pays, autour des hautes terres et des massifs montagneux.
Il faut souvent faire preuve de patience pour l’apercevoir. Les troupeaux se déplacent dans des zones vastes et isolées, loin des itinéraires les plus fréquentés. Les mois d’été offrent les meilleures conditions d’accès, tandis que l’hiver transforme les observations en aventure plus exigeante, réservée aux voyageurs bien préparés.
Les environs d’Egilsstaðir, du mont Snæfell et du parc national du Vatnajökull constituent des régions intéressantes pour tenter sa chance. Toutefois, il n’existe pas de lieu garanti où les rennes attendraient les visiteurs. Un guide local peut être précieux, à la fois pour trouver les animaux et pour comprendre leur comportement.
Une paire de jumelles est indispensable. À l’œil nu, un renne aperçu très loin peut facilement être pris pour un rocher, ce qui donne parfois lieu à des discussions animées dans la voiture. En Islande, même les pierres semblent avoir des bois.
Les oiseaux marins, une foule vivante au bord du vide
Le macareux n’est pas le seul oiseau à peupler les falaises islandaises. Au printemps et en été, les côtes deviennent de véritables cités verticales. Les cris se mêlent au grondement de la mer, les oiseaux se croisent dans les airs et chaque corniche semble abriter une histoire minuscule.
Selon les régions, vous pourrez observer :
- Le guillemot de Troïl, souvent rassemblé en colonies très denses ;
- Le pingouin torda, reconnaissable à son bec sombre et marqué ;
- Le fulmar boréal, qui plane longuement au-dessus des vagues ;
- Le fou de Bassan, grand oiseau blanc au vol puissant ;
- Le grand labbe, impressionnant et parfois territorial ;
- Le cygne chanteur, que l’on rencontre près des lacs et des zones humides ;
- Le plongeon imbrin, souvent présent dans les lacs du nord et de l’est.
Les falaises de Látrabjarg sont un site majeur pour les amateurs d’ornithologie. Mais elles exigent la plus grande prudence : le bord peut être friable et le vent particulièrement violent. Évitez de vous approcher du précipice, même pour une photographie. Une image réussie ne mérite jamais une chute.
Quand partir pour observer les animaux d’Islande ?
La période idéale dépend des espèces recherchées. De mai à août, les oiseaux marins sont très présents et les journées interminables facilitent les sorties. C’est également une bonne saison pour observer les baleines, les phoques et les chevaux dans les pâturages.
Le renard arctique peut être observé toute l’année, avec des paysages très différents selon les saisons. L’hiver offre des lumières rasantes et une atmosphère presque irréelle, mais les conditions de circulation peuvent devenir difficiles. Le renne, quant à lui, se repère surtout dans l’est de l’île, avec davantage de possibilités durant la belle saison.
Pour préparer vos observations, prévoyez :
- Des jumelles, même compactes ;
- Une veste imperméable et plusieurs couches chaudes ;
- Des chaussures adaptées aux terrains humides et irréguliers ;
- Une lampe frontale, particulièrement utile en dehors de l’été ;
- Un appareil photo muni d’un téléobjectif, sans chercher à vous approcher des animaux ;
- Une carte et une application météo fiable, car le temps change rapidement.
Observer sans déranger, voyager autrement
La faune islandaise évolue dans des milieux fragiles. Les falaises accueillent des colonies qui nichent parfois à quelques centimètres d’un sentier. Les phoques se reposent après avoir dépensé beaucoup d’énergie en mer. Les renards et les rennes doivent composer avec un environnement rude, où chaque ressource compte.
Respecter les animaux implique de garder ses distances, de ne pas les nourrir, de rester sur les chemins balisés et de suivre les recommandations locales. Éteignez la musique, réduisez les drones et acceptez de ne pas tout photographier. Certaines rencontres gagnent à rester dans la mémoire plutôt que sur une carte mémoire.
L’Islande ne promet pas un spectacle permanent. Elle offre mieux : des instants vrais, imprévisibles, parfois presque silencieux. Un oiseau posé sur une falaise, un cheval dans la brume, le souffle d’une baleine au large ou les traces d’un renard dans la neige suffisent à modifier la manière dont on regarde le monde.
Sur cette île où la terre semble encore en train de naître, observer les animaux revient peut-être à retrouver une part ancienne de nous-mêmes. Celle qui savait attendre, écouter et s’émerveiller sans demander au paysage de se mettre en scène.


