
Sous l’intitulé Broken Bells se cache la collaboration du DJ Danger Mouse avec James Mercer leader d’un des meilleurs groupes des années 2000, The Shins. Planque pour toutes sortes de sonorités géniales, l’album éponyme du duo apparaît comme un compromis brillant entre les rythmiques obsédantes de The Good, The Bad And The Queen ou Gnals Barkley et la pop symphonique et gracieuse des Shins.

Si l’on connaît un minimum le travail de James Mercer et de son acolyte, l’album des Broken Bells n’aura pas l’occasion de surprendre, puisqu’il ressort de cette association de choc exactement ce dont on était en droit d’espérer en théorie. Comme les prévisions les plus optimistes le laissaient penser, les deux artistes ont trouvé un équilibre assez intelligent pour être sur que les qualités de chacun soient mises en valeurs, et ce, équitablement. Bien souvent, les travaux collaboratifs laissent des musiciens et interprètes s’effacer au profit d’autres artistes, ce qui conduit bien souvent, soit à un manque criant d’homogénéité, soit directement à l’échec. Chez Broken Bells, le travail de l’un est bonifié naturellement par l’autre, et réciproquement. Les trouvailles sonores et mélodiques de Danger Mouse permettent à James Mercer d’ exprimer son génie et son feeling vocal à plein rendement, ce dernier légitimant sur l’instant l’intérêt des débordements créatifs du DJ et producteur new-yorkais. Et quand deux talents aussi purs, deux amoureux de pop et de symphonies trouvent le moyen de s’accorder avec autant de plaisir, il en résulte dix trésors au look futuriste, efficaces et plein d’esprit. Et bien qu’il demeure évident que la force mélodique et la durée des morceaux permettent à chacun de penser devenir un single potentiel, le groupe cherche toujours à dépasser les clichés commerciaux et radiophoniques. La base couplet-refrain classique n’est pas abandonnée, mais simplement remodelée par de jolies inspirations et délicieusement installée dans le climat torride de compositions éclairées par les étoiles.
De planètes en planètes, de galaxies en galaxies, le voyage à travers le temps entamé par les Broken Bells donne lieu à d’exceptionnelles sensations. Quand la voix en chute libre de James Mercer n’encourage pas à somnoler au creux des lumières mystérieuses de l’espace (« Trap Doors »), elle dévale nerveusement et avec grâce la pente synthétique formée par les expériences de Danger Mouse, dessinant pour l’occasion quelques uns des hits les plus évidents de l’opus (« The High Road », « Citizen », « The Mall And Misery »). Si par la suite les américains s’autorisent des écarts mélodiques groovy pour lancer des clins d’œils aux fans de leurs travaux parallèles, les Shins bien entendu côté James Mercer (« October »), Gnals Barkley côté Danger Mouse (« The Ghost Inside »), ils s’efforcent avant tout de construire des compositions totalement atypiques à partir de samples retravaillés et d’instruments plus classiques. Associés à des harmonies vocales lumineuses, en apesanteur, les titres donnent lieu à d’immenses délires mélodiques, trips hallucinatoires où des trompettes donnent la réplique à des vagues acoustiques au moment même où les échos multiples du chant forment des chœurs trafiqués (« Vaporize »), où des failles de temps ramènent quelques instants la synth-pop au temps des westerns de Sergio Leone (« Montgrel Heart »). Comme un abus d’alcool ou une drogue puissante, la musique des Broken Bells finit par désorienter les sens sans laisser la panique s’emparer de nous, brouillant l’esprit dans un flux de sonorités cosmiques rassurantes (« Sailing To Nowhere », « Your Head Is On Fire »).
Plus que le classique pop qu’il peut prétendre à devenir pour l’année 2010 et les années futures, l’album ‘Broken Bells’ est avant tout le résultat d’un side-project techniquement parfait, mené par deux hommes dont le talent et la confiance mutuelle dépassent largement les questions d’égo. Une entente parfaite qui provoque la réussite insolente d’un premier disque qui, on l’espère, ne restera pas sans suite.
Sortie: 09/03/2010
Autres chroniques: Playlist Society – Branche Ton Sonotone
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4 commentaires
Je te trouve bien généreux en ce début d’année… 4,5/5 pour un disque qui, bien que sympathique, manque de chanson et n’évite pas quelques écueils !
Ne t’inquiètes pas, ça va vite se calmer. Mais oui, j’ai beaucoup aimé, et comme pour Dylan dans une moindre mesure, je suis un fan absolu de James Mercer, ce qui ne joue pas en faveur d’un peu d’objectivité que je pourrais avoir
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Tiens, intéressant!
SysT
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