Une collaboration fructueuse dans le side-project Blakroc et voilà les Black Keys remontés à bloc. Preuve à l’appui avec ‘Brothers’, leur sixième album perso, leur meilleur travail depuis leurs débuts fracassants en 2002.

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Groove constant, guitares abrasives et catchy à souhait, chant rugueux et désabusé. Aucun doute, le duo de l’Ohio revient en pleine possession de ses moyens. Auteurs jusqu’ici de plusieurs disques pour le moins inégaux, les Black Keys démontrent que leur mélange rapeux de blues et de rock peut encore aboutir à des hits fracassants et donner quelques sueurs chaudes. S’il est finalement presque surprenant de les voir renouer avec une telle excellence, la surprise prend une dimension supplémentaire lorsque l’album présente au compteur quinze chansons pour un peu plus de cinquante minutes. En rapport à leur registre musical, la durée pouvait paraître excessive, mais même pas. Les Dan Auerbach et Patrick Carney version 2010 sont méconnaissables et leur nouvel opus va logiquement prendre le relais du chef d’oeuvre ‘The Big Come Up’. Incroyablement homogène, classieusement désinvolte et pourvu de rytmiques chavirantes de la première à la dernière piste, ‘Brothers’ transpire le talent, et frôle de près la perfection.

Comme en témoignent les vidéos qui accompagnent leurs deux premiers singles imparables (« Tighten Up », « Next Girl »), le groupe a retrouvé ses vertus en même temps qu’une certaine décontraction. Leur blues-rock est redevenu totalement débraillé, relâché, comme quoi les collaborations effectuées sur ‘Blakroc’ n’ont pas été inutiles. Cohabitations fameuses entre sonorités modernes et ancestrales, leurs nouveaux titres formeraient une bande originale idéale pour des westerns du XXIème siècle (« The Go Getter », « Ten Cent Pistol », « Unknown Brother », « Black Mud »). Parfois assez proches de la crasse des Dead Weather menés par Jack White et Alison Mosshart (« She’s Long Gone », « Howlin’ For You »), ils se montrent à chaque fois moins brouillons et plus tranchants. En état de grâce, ils multiplient les compositions insolentes de réussite: ballades pour les cowboys qui désaoulent sous le porche des saloons (« These Days »), hits ronronnants et décomplexés (« Sinister Kid », « Everlasting Light »), ainsi qu’une flopée de superbes mélodies rétro, seventies et mélancoliques à souhait (« I’m Not The One », « Too Afraid To Love You ») alimentées d’influences soul (« The Only One ») et motown (« Never Give You Up »).

Surprise totale et bonne suprise. Huit ans auront été nécessaires pour que les Black Keys justifient à nouveau la confiance aveugle placée dans leur musique. Irrésistible de la première à la dernière seconde, ‘Brothers’ suinte l’Amérique, depuis ses lieux de désolation jusqu’à ses fêtes les plus endiablées. Indispensable.

Sortie: 17/05/2010

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par Thibault F.