
Auditeurs en quête permanente d’originalité, savourez comme il se doit le premier album artisanal ‘Riposte’ du duo américain Buke & Gass. Un homme, une femme, des instruments génétiquement modifiés et voici New-York inondé de mélodies extraterrestres.
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Quand il s’agit de foutre le boxon dans les rues de Brooklyn, Aron Sanchez et Arone Dyer répondent toujours présents. Sans personne d’autre pour les aider qu’un tas de percussions, des effets de pédales en masse, et surtout, fer de lance de leur atypisme, une paire d’instruments bizarroïdes personnalisés à qui ils doivent leur nom. Un « Buke », ukulélé baryton à six cordes transformé, et un « Gass », croisement entre la basse et la guitare. Après tout et comme le dit si bien le proverbe, on est jamais mieux servi que par soi même. L’objet de cette démonstration s’intitule ‘Riposte’, un disque d’artistes-guerriers frappa-dingues qui, non-armés, improvisent avec ce qui leur tombe sous la main pour en découdre. En résulte des compositions bourre-pifs imprévisibles, vaillamment portées par le timbre de panthère de Arone Dyer situé quelque part entre celui de Karen O (Yeah Yeah Yeahs) et de Beth Ditto (Gossip). Côté son, rien de bien révolutionnaire. Côté dynamiques et structures mélodiques, par contre, ça innove sec. L’avalanche de percussions et le découpage rythmique réalisé de façon particulièrement ludique par le duo, renvoient autant à la binarité mélodique des White Stripes qu’au math-rock de Battles et aux fulgurances pop-punk des Yeah Yeah Yeahs. L’écoute intégrale de ‘Riposte’ peut donc être un peu assommante, usante même, mais la culture de la différence orchestrée par Buke & Gass ne laisse pas insensible et mérite qu’on s’y intéresse.
Principale preuve de réussite pour cet opus, sa cohérence. Le combat mené contre la banalité ne se transforme ici jamais en un vulgaire bouguiboulga expérimental. Au contraire, on pourrait presque reprocher au deux new-yorkais de composer des morceaux trop proches en termes de sonorités, qui font parfois passer la cohérence dite de l’album en une homogénéité trop marquée. Un effet de redondance qui pointe les limites créatives du groupe mais qui n’affecte en rien son énergie et ses efforts. Car derrière ces quelques reproches, ce sont plusieurs salves punk-rock bien couillues qui n’attendent qu’une chose: vous tabasser le crâne jusqu’à devenir obsessions. Presque paradoxalement, la multiplication des couches sonores et les changements incessants de rythme sont à l’origine des tubes les plus catchy de la tracklist, qui fascinent autant pour leurs humeurs bipolaires (« Out », « Bundeltruck », « Red Hood Came Home », « Sleep Gets Your Ghost ») que pour leurs capacités d’accélération incroyables (« Naked City », « Revel In Contempt », « Medecina »). Dès l’instant où la linéarité rythmique reprend les devants, les Buke & Gass peinent à convaincre (« Your Face Left Before You », « Page Break », « Medulla Oblongata »), et ce même lorsque la carte du minimalisme apparaît par surprise (« Immortal But Just Fine, Okay »). Quant aux rares interludes présents – en général summums de l’inutilité – ils remplacent d’éventuelles ballades en laissant intelligemment souffler l’auditeur (« Heart », « Horse Head Nebula »,« Neurosis + Her Sisters »).
On ne peut jurer que les ‘Buke & Gass’ fassent l’unanimité en dehors des amateurs de punk ou de rock musclé. En tout cas, leur prise de risque et leur côté « fait main » ne finit pas en eau de boudin et aboutit même à un premier disque honorable, dont on retient avant tout le fragile équilibre expérimental/accessibilité. Équilibre fragile mais équilibre quand même. A confirmer par la suite.
Sortie: 14/09/2010
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1 commentaire
[...] L’album s’appelle “Riposte” (lien Deezer), signé chez Brassland. Merci à Thibault pour cette découverte (la chronique est accessible sur son blog “La quenelle culturelle“) [...]
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