Deux illustres inconnus américains ont choisi 2011 pour commencer, peut-être, une extraordinaire ascension. Couverts du nom ‘New Animal’ , ils s’amusent, pour leurs grands débuts, à tourner et retourner la pop dans tous les sens. Bilan: un album éponyme disponible gratuitement, (trop?) riche, (trop?) ambitieux, mais qui sent le talent à plein nez.

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Bonjour les futures brutes. Kris Hermstad et Derek Burdette, que personne ne connaissait vraiment avant la sortie de leur premier album, n’ont pas fait les choses à moitié au moment de quitter l’obscurité pour aller se réfugier sur le web. Un blog officiel, des comptes twitter et facebook, mais surtout une page bandcamp bien utile pour diffuser leurs petits rubis pop à coût zéro et ce, dans tous les formats possible et inimaginables (MP3, FLAC, …). Et avec eux, l’argument de la gratuité compte triple. Si on admettra sans mal frôler l’indigestion après avoir écouté d’une traite leurs quinze chansons, on n’oubliera pas non plus de préciser à quel point leurs compositions, prises une à une, laissent généralement sans voix. Sans chercher forcément à viser plus haut que le raisonnable, le duo donne tout de même l’impression de s’être attaqué à la construction d’un palace avant d’avoir fini l’abri de jardin. Peut-on pour autant leur en vouloir aux vues du résultat? Tout n’est pas encore parfaitement poli, les morceaux paraissent parfois un peu longs, mais la densité de leur premier album et le terrain de genres qu’il couvre aux alentours de la pop restent proprement hallucinants. Du kraut-rock au lo-fi en passant par de multiples dérives psychédéliques, Kris et Derek touchent à tout pour finalement en arriver à une œuvre musicale unique, avec une tête un peu tordue, des yeux qui louchent, mais qui possède quand même une classe d’enfer.

Le charme de leur musique se résume en fait pour l’essentiel à son imperfection et sa grande hétérogénéité. Que la machine à composer soit grippée ou non, chaque piste est valorisée par les efforts consentis par les deux hommes, qui donnent tout et se transcendent véritablement sur chaque morceau. Quinze titres et pas un en dessous de quatre minutes, des réussites et des ratés, mais jamais de remplissage inutile ou de banalité. Dans le gigantesque feu d’artifice produit par les ‘New Animal’, on retiendra d’abord et avant tout une poignée de mélodies hybrides qui marqueront sans doute possible l’année en cours: « Other Side » et « All I Want Is Gone », sublimes, épileptiques,  faisant passer la pop acide des Avi Buffalo pour du perrier, ainsi que quelques trips spleen & champignons bleus ensorcelés et ensorcelants (« Fires In The Backyard », « Last Winter », « In The Water At Night », « Looking For The Sun ») dont il est bien difficile de se défaire. Le reste ressemble grossièrement à un buffet apéritif, avec à la clé les bonnes et les mauvaises surprises. Les bonnes: « Try » pour son alternative sonore light à Animal Collective, « Nightmares of Candy Yang & The Black Italian » pour être le premier hymne sucré et insouciant de 2011 et, enfin, « Science » pour son groove terrible et lancinant. Les mauvaises, ou plutôt moins convaincantes, concernent donc les six dernières pistes (soit un peu moins de la moitié de l’album), sur lesquelles le duo pousse le vice de l’expérimentation un peu loin, gâchant par moment ce qui aurait pu être des tubes en puissance (« They Don’t Know »).

Le verdict reste sans appel: les ‘New Animal’ pourraient très bien être une énorme sensation musicale de cette année à condition de leur laisser une chance. Plus qu’une fin en soi, leur album doit être pris comme l’expression brute de deux grands artistes en construction, qui ne vous feront pas débourser le moindre centime pour les découvrir. Autant, donc, y jeter une oreille.

Sortie: 05/01/2011

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par Thibault F.